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Le Franc, les essais, les archives de Charles X

dimanche 13 septembre 2026, par ADF, Franck Perrin, Laurent Schmitt

Le troisième volume de la série Le Franc, les Essais, les Archives sort en ce début novembre et vous pouvez le
commander notamment sur la boutique en ligne de CGB (en cliquant sur l’image de la couverture). Il est dédié à l’histoire monétaire de Charles X.

Cet ouvrage publié par CGB est l’oeuvre de Philippe Théret et Michel Taillard appuyés par les forces vives de deux associations : ADF (les Amis Du Franc) et ADAN (les Amis Des Auteurs Numismates).
Une introduction didactique accompagne chaque volume de la série. Elle explicite tous les types d’essais que l’on peut rencontrer en les replaçant dans la chaine de production monétaire.
La première partie de l’ouvrage est ensuite dédiée à la description des événements monétaires éclairés par l’apport des archives.
Pour rappel l’association des ADF a concentré beaucoup de ses efforts depuis une vingtaine d’années dans la
numérisation des archives de la Monnaie de Paris. Cette mine d’informations est d’ailleurs à l’origine d’un premier ouvrage publié en 2019 Le Franc, les Monnaies, les Archives qui couvre l’intégralité de la période du Franc de la première à la cinquième République. Cet ouvrage sur Charles X est l’occasion de faire une mise à jour sur ce qui n’était qu’un chapitre dans l’ouvrage de 2019 !
Vous serez ainsi plongé dans les arcanes de l’Administration des Monnaies, du ministère des Finances, de l’atelier du graveur général, des différents directeurs de fabrication et plus généralement des différents acteurs du processus monétaire.
Dans l’article du BN n°244 intitulé « Le Roi est mort, vive le Roi ! », nous vous avons dévoilé la tentative ratée de Tiolier de convaincre le Roi de ne pas lancer de concours. Nous vous avons présenté également ce concours très particulier en deux phases avec au bout la victoire de Michaut.
Les productions des types de Michaut pour la 40 Francs et la 5 Francs vont être chaotiques et vont nécessiter des retouches.
Dans l’ouvrage dédié au monnayage de Charles X, vous découvrirez les raisons à ces retouches et les étapes de leurs mises en oeuvre. Les retouches de la 5 Francs seront « légalisées » par un texte de loi tandis que celles de 40 Francs seront appliquées sans !
Outre cette production chaotique, l’événement majeur de cette période est l’invention de la virole brisée par Jacques Moreau ou plus exactement l’innovation consistant à appliquer ce procédé sans ralentir la production monétaire.
Afin d’obtenir des tranches marquées en même temps que la frappe, le seul moyen est que la virole soit en plusieurs morceaux aptes à s’écarter et se détacher après la frappe, et ainsi libérer la pièce. On parle de virole brisée.
L’idée de la virole brisée est ancienne, puisque c’est le Français Aubin Olivier qui l’inventa en plus d’introduire le balancier en France en 1551. Mais jusqu’à Moreau, même améliorée par Droz (confer écu de Calonne), la virole brisée n’est utilisée que pour certaines médailles, piéforts ou essais car son emploi ralentissait trop la production et était donc incompatible avec les cadences monétaires nécessaires, à savoir une
frappe toutes les une à deux secondes.
Malgré la très grande efficacité du mécanisme de Moreau, son invention de 1824 ne sera adoptée pour les frappes circulantes qu’au bout de 6 ans !
Dans l’ouvrage dédié au monnayage de Charles X vous allez suivre pas à pas le long chemin de cette adoption et les différents essais qui ont été nécessaires pour convaincre définitivement l’Administration des Monnaies et le ministre des Finances.
On y découvre au passage le rôle négatif de Gengembre et celui positif de Tiolier.
Les essais de Moreau sont très mal traités dans les ouvrages de référence précédents (Guilloteau, Mazard, Gadoury) en occultant
ce qui fait leurs différences et objectifs et en les classant temporellement en 1824 alors qu’ils se sont étalés avec une chronologie logique entre 1824 et 1827. Vous pourrez ainsi les découvrir réellement avec le sens nécessaire à leur compréhension. Cerise sur le gâteau, vous découvrirez enfin des tirages de fabrication !

Essai de 1824 et 1825 avec tranche française en relief
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF

Essai d’octobre 1827 en tranche latine en creux (mot coupé par la brisure)
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF

Essai de novembre 1827 avec tranche latine en creux (pas de mots coupés)
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF

Essai de novembre 1827 avec tranche latine en relief (pas de mots coupés)
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF











Essai en grandeur réelle (pour mise en circulation) de 5 F tranche en relief en 1830 - © BnF / DMMA / Photos ADF











Essai en grandeur réelle (pour mise en circulation) de 1 F tranche cannelée en 1830 - © BnF / DMMA / Photos ADF

Au passage vous pouvez apprécier le mécanisme de prise photographique mis au point par un ingénieux membre de notre association : Jean-Philippe Marie. C’est en quelque sorte notre Moreau à nous ! Il est capable de prendre en même temps une face et la tranche.
C’est un précieux outil d’étude des tranches car cela permet également d’observer le positionnement des lettres de la tranche par rapport aux gravures, ce qui nous sera donc également très utile pour les prochains volumes de la série.
Sur la fin du règne de Charles X, l’Administration confie à Tiolier la réalisation de projets pour de nouvelles faciales : 10 F et 100 F. Michaut en a connaissance et obtient de participer à cette compétition. La révolution de Juillet rendra caducs ces projets mais les deux graveurs seront indemnisés.
Parmi les travaux de Tiolier nous connaissions deux versions d’avers différentes pour la 10 Francs et pour la 100 Francs, mais les archives « papier » et « métalliques » (les outils détenus à Pessac) nous montrent qu’il y en a eu en fait trois !











© BnF / DMMA / Photos ADF










© BnF / DMMA / Photos ADF

D’autres essais auront lieu sous Louis-Philippe pour les faciales de 10 et 100 F mais il faudra attendre Napoléon III pour voir apparaître des 10 F et 100 F dans la circulation !
Après ce voyage dans l’histoire et les arcanes des processus de création monétaire, l’ouvrage consacre sa deuxième partie au « Catalogue » des essais. Le recensement y est fait de manière minutieuse avec un souci de complétude inégalé. Pour cette période de Charles X, là où vous avez 75 essais chez Guilloteau, 86 chez Mazard et 104 chez Gadoury 2023, vous en trouverez pas moins de 258 dans l’ouvrage de Philippe Théret
& Michel Taillard ! Ces essais sont de surcroît décrits (tranche incluse) et illustrés individuellement.
Ils sont bien évidemment cotés en plusieurs états et sont commentés avec notamment des informations issues des archives (comme les chiffres de fabrication) et d’historiques de ventes.
Les ventes du passé ont bien sûr servi dans l’évaluation de la rareté effective des différents essais. Pour autant l’observation des ventes du passé n’est généralement pas suffisante pour établir une cote d’un essai contrairement à une monnaie circulante.
Elle peut l’être si les transactions sur un essai sont fréquentes et récentes. Mais une partie des essais sont rares et par conséquent leurs fréquences d’apparition dans les ventes sont faibles voire quasi nulles pour certains. Pour autant, la rareté de l’offre n’est pas suffisante pour l’établissement d’une cote.
Il faut savoir apprécier l’abondance ou non de la demande.
Autrement dit, l’appétence des collectionneurs selon la typologie d’essais, la période concernée, les modules, le métal…
Les auteurs ont tenu compte de l’ensemble de ces éléments ainsi que de l’impact potentiel des nombreux nouveaux apports d’informations d’archives. Certes ces cotes établies (de 75 € à 150 000 €) ne resteront pas gravées éternellement dans le marbre mais le collectionneur ne collectionnera plus à l’aveugle mais en sachant précisément ce qui se cache derrière tel ou tel essai et en ayant une estimation réaliste de sa valeur !
À la fin du catalogue figurent les correspondances des références avec les ouvrages Guilloteau, Mazard et Gadoury.
L’identification de vos essais au travers du catalogue est aisée.
Vous trouvez une décomposition en plusieurs sections : les essais avec faciale, les essais sans faciale, les flans brunis, les monnaies de visite et enfin les reproductions et faux.
Après ce panorama très large des essais que nous offre la partie « Catalogue », place au plaisir des yeux avec la partie « Galerie » !
Avec un format de 10 centimètres de diamètre, il est ainsi possible d’admirer des essais ou des monnaies circulantes en flan bruni, d’une qualité ou rareté exceptionnelle. Les outils monétaires ne sont pas en reste et prennent place également dans cette galerie.
Il est d’ailleurs à noter que l’intégralité des outils monétaires de la période de Charles X figurent dans l’ouvrage (dans la partie « Archives » ou dans la partie « Galerie »). Ils sont inédits ! En effet la collection d’ouvrages sur les inventaires du musée Monétaire menée par Jean Indrigo s’était arrêtée à Louis XVIII. Le Franc, les Essais, les Archives prend la relève et les rend visibles pour la première fois aux collectionneurs : ils
concernent à la fois les essais et les monnaies circulantes.

Coin d’avers de 5 F de Michaut à la gravure retouchée (1827)
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF

Poinçon du projet de 100 F par Michaut (1830)
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF


C’est un véritable voyage dans le temps que nous offrent les 544 pages de cet ouvrage. Si vous êtes collectionneur d’essais vous aurez plaisir à identifier vos essais et à trouver leur sens.
Si vous êtes collectionneur de monnaies circulantes, vous ressentirez le poids de l’histoire et de la chaîne complète qui aboutit à la frappe des monnaies mises en circulation. Ce livre nous rappelle que le collectionneur de monnaies peut être plus qu’un simple accumulateur d’objets, c’est un amateur d’histoire et d’art qui prendra plaisir à partager les connaissances et à communiquer sa passion !
C’est un exploit quasi olympique d’avoir sorti trois volumes en l’espace d’un an ! Il en reste encore trois pour terminer la série jusqu’à Napoléon III. Les auteurs tenaient à ce que Louis XVIII et Charles X puissent sortir tous les deux en 2024 pour le bicentenaire de la mort de Louis XVIII et l’avènement de Charles X. Le même rythme n’est pas tenable pour la suite. Les auteurs, les contributeurs, les souscripteurs, les sponsors et les lecteurs ont besoin de respiration. Aussi le rythme deviendra un ouvrage par an sorti à chaque automne !

Les associations des Amis du Franc et des Auteurs Numismates sont fières d’avoir accompagné les deux auteurs pour la réalisation de ces ouvrages. Elles vous encouragent vivement à les acquérir et vous rappellent que leurs portes sont ouvertes ! Devenir membre des ADF ou de l’ADAN c’est promouvoir les connaissances au profit de tous.

Bonne lecture à tous !

Franck Perrin
Laurent Schmitt

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