Le Franc, les essais, les archives de Louis XVIII
dimanche 13 septembre 2026, par , ,
Le deuxième volume de la série Le Franc, les Essais, les Archives est désormais disponible et vous pouvez le
commander notamment sur la boutique en ligne de CGB (en cliquant sur l’image de la couverture). Il est dédié aux essais monétaires de la période Louis XVIII.
Cet ouvrage publié par CGB est l’oeuvre de Philippe Théret et Michel Taillard appuyés par les forces vives de deux associations : ADF (les Amis Du Franc) et ADAN (les Amis Des Auteurs Numismates).
Une introduction didactique accompagne chaque volume de la série. Elle explicite tous les types d’essais que l’on peut rencontrer en les replaçant dans la chaîne de production monétaire.
La première partie de l’ouvrage est ensuite dédiée à la description des événements monétaires éclairés par l’apport des archives.
Pour rappel, l’association des ADF a concentré beaucoup de ses efforts depuis une vingtaine d’années dans la
numérisation des archives de la Monnaie de Paris. Cette mine d’informations est d’ailleurs à l’origine d’un premier ouvrage publié en 2019 Le Franc, les Monnaies, les Archives qui couvre l’intégralité de la période du Franc de la première à la cinquième République. Cet ouvrage sur Louis XVIII est l’occasion de faire une mise à jour sur ce qui n’était qu’un chapitre dans l’ouvrage de 2019 !
Vous serez ainsi plongé dans les arcanes de l’Administration des Monnaies, du ministère des Finances, de l’atelier du graveur général, des différents directeurs de fabrications et plus généralement des différents acteurs du processus monétaire.
Réuni d’urgence par Talleyrand, le Sénat proclame sans discussion la déchéance de l’Empereur et celui-ci abdique à Fontainebleau le 6 avril 1814.
Les alliés acceptent le rétablissement des Bourbons et le traité de Paris du 30 mai 1814 met fin à l’occupation de la France.
Louis XVIII, frère de Louis XVI, devient roi de France. Il débarque à Calais le 24 avril et arrivera à Paris le 3 mai. Tiolier « père » ne perd pas de temps pour renier l’Empereur et se rallier au nouveau roi. Il se précipite à Compiègne : « Le Roi est arrivé le 29 avril à Compiègne. Le modelé a été fait en deux séances les 29 et 30. Un mois après, non seulement les originaux de la pièce de 5 francs étaient terminés, mais encore les coins. Les premières pièces ont été frappées le 30 mai, et onze jours après celles de 20 francs » [MEF-MACP, SAEF/G-1].
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF
Les archives nous apprennent également que d’importantes discussions ont lieu sur des choix à faire sur la langue à employer (français ou latin) et sur la forme des écussons des nouvelles monnaies. Plusieurs essais sont mis en oeuvre avant d’arrêter le choix du français (sauf sur la tranche) et de l’écusson « carré ».
Les outils conservés dans les réserves du musée monétaire de la Monnaie de Paris confortent les archives « papiers » et nous montrent que des outils d’essais ont été produits également pour la faciale de 20 Francs alors qu’on ne connait pas (encore) d’exemplaires survivants de ces essais !
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF
Les gravures des Tiolier produisent des types imparfaits qui manifestement ne conviennent pas complètement et un concours de gravure est ouvert !
Celui-ci fait intervenir 11 concurrents : Andrieu, Brenet, Droz, Dubois, Gatteaux, Gayrard, Heurthaux, Jacques, Michaut, Montagny et Tiolier. Pour autant nous ne connaissons que 10 empreintes différentes dont 8 sont signées. Il reste donc 2 gravures pour 3 graveurs : Dubois, Montagny et Gayrard.
Dewamin a écarté sans justificatif Dubois et attribué les deux ouvrages restants à Gayrard et Montagny. Les ouvrages de référence (Guilloteau, Mazard et Gadoury) se sont contentés de reprendre ces attributions non étayées…
Empreinte attribuée sans source à Gayrard
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF
Empreinte attribuée sans source à Dubois
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF
L’étude précise des archives nous montre qu’il faut plutôt douter de la présence de Montagny parmi les graveurs des deux empreintes anonymes !
Le concours de Louis XVIII est passionnant car marqué par plusieurs événements et surprises. Il révèle tout d’abord deux gagnants : Michaut pour la pièce de 5 Francs en argent et Droz pour la 40 F en or. Il y a ensuite le retour de Napoléon Ier et la période mouvementée des Cent-Jours. Au retour du Roi Louis XVIII, l’attribution des monnaies en or à Droz est remise en cause avec une nouvelle compétition avec Michaut (qui n’avait pas présenté de projet pour l’or au départ) encouragé fortement par le Baron Louis (le ministre des Finances).
Michaut remporte alors les deux projets pour les monnaies d’argent et d’or. Nous apprenons par ailleurs qu’il y
a eu tricherie car Michaut s’est fait aider par son professeur Galle (qui a réalisé le revers) alors que Galle était membre du jury !
Pour autant, le type résultant est magnifique et représente un des fleurons de notre numismatique moderne.
© BnF / DMMA / Photos ADF
Au-delà du concours, la partie « Archives » nous fait traverser les évolutions techniques et notamment l’invention d’un système appelé le « Parafaux ». Il permet d’éviter les coups de balancier à vide (sans flan) qui provoquent potentiellement des blessures aux monnayeurs et la destruction des coins.
Derrière cette invention, on trouve deux noms : Lerat et Moreau. L’ingéniosité de ce dernier est telle qu’il inventera également le mécanisme de frappe en virole brisée qui sera adopté à la fin du règne de Charles X !
Au travers des archives, nous vivons également deux tentatives de refonte des monnaies de cuivre en 1817 et 1821 dont il existe des épreuves d’essais.
La période de Louis XVIII est très riche en visites de prestige des hôtels des Monnaies et notamment de la Monnaie de Paris. La partie « Archives » nous fait vivre les préparatifs de ces différentes visites. Ceux des visites d’Alexandre Ier Empereur de Russie, François Ier Empereur d’Autriche et Frédéric Guillaume III Roi de Prusse sont particulièrement passionnants et hautement politiques avec l’intervention directe de Talleyrand dans la conception même des légendes !
Monnaie de visite d’Alexandre Empereur de Russie
© Collections historiques de la Monnaie de Paris / Photos ADF
Après ce voyage dans l’histoire et les arcanes des processus de création monétaire, l’ouvrage consacre sa deuxième partie au « Catalogue » des essais. Le recensement y est fait de manière minutieuse avec un souci de complétude inégalé. Pour cette période de Louis XVIII, là où vous avez 112 essais chez Guilloteau, 170 chez Mazard et 187 chez Gadoury 2023, vous en trouvez pas moins de 430 dans l’ouvrage de Philippe Théret
et Michel Taillard ! Ces essais sont de surcroît décrits (tranche incluse) et illustrés individuellement.
Ils sont bien évidemment cotés en plusieurs états et sont commentés avec notamment des informations issues des archives (comme les chiffres de fabrication) et d’historiques de ventes.
Les ventes du passé ont bien sûr servi dans l’évaluation de la rareté effective des différents essais. Pour autant l’observation des ventes du passé n’est généralement pas suffisante pour établir une cote d’un essai contrairement à une monnaie circulante.
Elle peut l’être si les transactions sur un essai sont fréquentes et récentes. Mais une partie des essais sont rares et par conséquent leurs fréquences d’apparition dans les ventes sont faibles voire quasi nulles pour certains. Pour autant, la rareté de l’offre n’est pas suffisante pour l’établissement d’une cote.
Il faut savoir apprécier l’abondance ou non de la demande.
Autrement dit, l’appétence des collectionneurs selon la typologie d’essais, la période concernée, les modules, le métal, etc.
Les auteurs ont tenu compte de l’ensemble de ces éléments ainsi que de l’impact potentiel des nombreux nouveaux apports d’informations d’archives. Certes ces cotes établies (de 75 € à 150 000 €) ne resteront pas gravées éternellement dans le marbre mais le collectionneur ne collectionnera plus à l’aveugle mais en sachant précisément ce qui se cache derrière tel ou tel essai et en ayant une estimation réaliste de sa valeur !
À la fin du catalogue figurent des rosaces présentant les photos des différentes tranches principales de la période (grâce à un mécanisme ingénieux de prises photographiques mis au point par l’association des Amis du Franc) et une correspondance des références avec les ouvrages Guilloteau, Mazard et Gadoury.
L’identification de vos essais au travers du catalogue est aisée.
Vous trouvez une décomposition en plusieurs sections : les essais avec faciale, les essais sans faciale, les flans brunis, les monnaies de visite, les monnaies de prétendants, les pseudoessais gravés et enfin les reproductions et faux.
Pour la période Louis XVIII, dans la section des « Monnaies de prétendants » (même s’il s’agit plutôt de monnaies de souvenir apocryphes), sont ainsi présentés les essais au portrait de Napoléon II (millésime de 1816). Dans la section des « Pseudo- essais gravés » on trouve les créations anciennes de Brichaut et Werdun pour duper les collectionneurs…
Après ce panorama très large des essais que nous offre la partie « Catalogue », place au plaisir des yeux avec la partie « Galerie » !
Avec un format de 10 centimètres de diamètre, il est ainsi possible d’admirer des essais ou des monnaies circulantes en flan bruni, d’une qualité ou rareté exceptionnelle. Les outils monétaires ne sont pas en reste et prennent place également dans cette galerie.
C’est un véritable voyage dans le temps que nous offrent les 576 pages de cet ouvrage. Si vous êtes collectionneur d’essais vous aurez plaisir à identifier vos essais et à trouver leur sens.
Si vous êtes collectionneur de monnaies circulantes, vous ressentirez le poids de l’histoire et de la chaîne complète qui aboutit à la frappe des monnaies mises en circulation. Ce livre nous rappelle que le collectionneur de monnaies peut être plus qu’un simple accumulateur d’objets, c’est un amateur d’histoire et d’art qui prendra plaisir à partager les connaissances et à communiquer sa passion !
Les associations des Amis du Franc et des Auteurs-Numismates sont fières d’avoir accompagné les deux auteurs pour la réalisation de ces ouvrages. Elles vous encouragent vivement à les acquérir et vous rappellent que leurs portes sont ouvertes ! Devenir membre des ADF ou de l’ADAN c’est promouvoir les connaissances au profit de tous.
Bonne lecture à tous !
Franck Perrin
Laurent Schmitt
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