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  DEVENIR NUMISMATE PROFESSIONNEL ?

vendredi 29 septembre 2006

Texte de Michel Prieur

Si vous avez commencé de lire ce texte, c’est que l’idée vous en est déjà venue. Nous allons donc commencer par essayer de vous dissuader par tous les moyens d’entreprendre une carrière aussi difficile et ingrate. Transformer une passion en métier, cela n’a rien d’évident.

Bien évidemment, vous pouvez avoir l’impression que c’est facile et que les problèmes que je vais soulever sont largement exagérés, bien des professionnels que vous connaissez ne les rencontrant apparemment pas. Certes, mais vous allez entrer dans la Carrière demain ou après-demain, vos aînés y sont souvent entrés avant même la parution du premier Monnaies Françaises de Victor Gadoury (1973) . C’était une autre époque où il était infiniment plus facile qu’aujourd’hui de s’installer professionnel. Ne rêvez pas : l’âge d’or est fini.

Tout d’abord, en étant numismate professionnel, vous n’aurez aucun prestige social : les gens « normaux » ne connaissent même pas le nom de votre profession. Ça ne fait pas plaisir d’exercer un métier où neuf personnes sur dix que vous rencontrerez vous diront : « Vous êtes numimaste ? Qu’est-ce que vous faîtes dans la vie ? » . Ça ne fait pas plaisir non plus d’entendre vos parents et amis vous demander quand vous allez enfin faire « Un vrai métier ». Bref, si c’est important pour vous que vos voisins, amis et famille comprennent et admirent ce que vous faites, essayez plutôt de devenir Président de la République : en plus vous pourrez vous constituer une fabuleuse collection de monnaies modernes puisqu’il reçoit de droit toutes les boîtes et essais, les concours et les frappes en or...

À la seconde même où vous allez troquer le paisible tee-shirt/blue jeans du collectionneur pour passer du coté du Costume/cravate du professionnel, il vous faudra vous regarder dans la glace et bien comprendre que vous venez d’endosser l’équivalent d’un bleu de travail. Certes, peut-être aimez-vous porter une cravate bien serrée et un costume bien chaud, surtout en été ? Non ? Alors, devenez publicitaire, photographe, artiste en quelque chose, là où il faut être « décontracté », évitez la numismatique professionnelle. Vous avez pourtant vu des numismates professionnels sans cravate, voire avec des chemises à fleurs ou carrément un bermuda. Certes. C’est vrai. Ils se divisent en deux catégories bien distinctes. Les premiers ne dépasseront jamais le stade de brocanteurs spécialisés. Pour ce qui est des autres, lorsque vous aurez dans la tête simplement 10% des connaissances et de la science qu’ils ont accumulé, dans le carnet d’adresse simplement 10% de leurs contacts, sur le compte en banque simplement 10% de leur force financière...vous serez déjà un professionnel accompli de haut niveau. D’ici là ? Costume/cravate, sinon, vous resterez « chineur professionnel ».

Ce métier vous imposera d’apprendre en permanence, toute votre vie, simplement parce que la masse des connaissances nécessaires – si vous voulez bien faire votre métier – est tellement immense que vous n’en aurez jamais fini. Ne croyez pas que ces connaissances concerneront toutes votre domaine de prédilection, bien au contraire. Il vous faudra d’abord un épais vernis dans tous les domaines possibles de la numismatique : ce n’est pas dans une brocante devant un lot de monnaies islamiques que vous allez vous mettre à étudier le koufique pour pouvoir lire si l’atelier est rare ou commun, s’il faut acheter ou non – il faut le savoir avant. Et le plus énervant c’est que vous ne verrez peut-être plus jamais de monnaies islamiques « achetables » après avoir étudié le sujet… Ensuite, le carcan législatif vous obligera à vous tenir au courant des dernières lois sociales, fiscales et douanières... nous parlerons de compétences en informatique plus loin. Vous voulez un métier où vous êtes tranquille une bonne fois pour toutes avec votre diplôme et où vous ne devrez pas vous recycler en permanence ? Faites plutôt capilliculteur…

Feriez-vous un métier où vous risquez, la veille de partir au soleil, de devoir dépenser tous les sous prévus pour les vacances parce que l’on vous propose une collection que vous ne pouvez absolument pas laisser passer ? Vous voulez mener votre vie familiale train-train pépère ? Rentrez dans l’administration…

Quand vous devenez professionnel, vous vous trouvez en première ligne : vous êtes responsable de ce que vous faites et votre bonne foi, quand vous arriverez à la prouver, sera votre seule défense. C’est à vous de vous rendre compte que cet assignat en soie rarissime peut provenir du pillage d’un musée ou que telle série de deniers inédits peut provenir d’une trouvaille non déclarée. Tant que vous restez collectionneur, vous êtes protégé par votre achat chez un professionnel. Dès que vous êtes professionnel, vous devez savoir. Votre responsabilité morale et légale est engagée. S’il y a un problème, vous avez le problème.

L’impératif de l’informatique ? C’est déjà vrai aujourd’hui mais ce sera encore plus incontournable demain et après-demain. Si vous devenez numismate professionnel, il vous faudra aussi devenir un as de l’informatique. De la même manière qu’un grand général se fait battre s’il n’a pas aussi les plus gros canons, il devient nécessaire non seulement d’être un bon numismate mais encore d’avoir l’informatique la plus puissante et la plus efficace. Un ordinateur joint à une connexion internet multiplie par mille votre mémoire et envoie à vos clients des informations et des propositions mille fois plus vite que vous ne pourriez le faire à la main ou en utilisant la poste papier. Bien évidemment, il vous faudra apprendre non seulement à l’utiliser l’ordinateur mais encore à le programmer : si vous devez demander à des services extérieurs de mettre en page vos catalogues, de programmer votre site, de venir « débugger »vos programmes ou retirer le virus que vous vous êtes fait coller, vous serez à peu près aussi performant qu’un mille-patte unijambiste. Vous ne voulez pas avoir à utiliser l’informatique et internet ? Devenez jardinier d’agrément, pas numismate.

J’espère que je vous ai déjà décidé à rester collectionneur. Vous avez encore envie de devenir professionnel ? Continuons.

Lorsque vous passez de l’amateur, même distingué, au professionnel, l’étendue des vos connaissances apparentes doit être multipliée par mille. J’appelle connaissances apparentes celles nécessaires pour soutenir avec un spécialiste une conversation raisonnablement intelligente sur son sujet. En effet, ce ne sont plus les collectionneurs spécialisés de votre domaine que vous allez devoir rencontrer mais des milliers de gens de tous horizons qui ont, réunis, une culture générale et spécialisée gigantesque. Tous ces amateurs aiment le domaine qu’ils collectionnent, le considèrent à juste titre comme important et si vous voulez qu’ils vous fassent assez confiance pour vous acheter des monnaies (ou pour vous conseiller le cas échéant), il vous faut connaître suffisamment leur domaine pour ne pas passer pour un incompétent notoire. Un exemple ? Facile et vécu : un collectionneur rentre chez un confrère et est reçu ; il s’enquiert : « Auriez-vous une monnaie de Zénobie ? », réponse : « Non, nous n’avons pas de monnaie de cet atelier ». Évidemment, quand un collectionneur de monnaies romaines s’intéresse à la fin du IIIe siècle, il comprend mal qu’un professionnel confonde une reine de Palmyre, femme d’un Dux Romanorum, avec un atelier monétaire… et le professionnel se retrouve à vie avec un badge d’incompétent. Or, il lui suffisait de se taire et de répondre simplement « Non », à défaut de connaître mieux ses romaines… ce qui aurait évidemment été l’idéal. Si vous ne voulez pas passer votre carrière professionnelle à louvoyer entre des pièges que vous ne distinguerez souvent même pas ; si vous ne voulez pas devenir un as de la conversation de salon, évitez de devenir professionnel ; le collectionneur ne rencontre que des amateurs dans son domaine. Le professionnel rencontre tout le monde, y compris des amateurs d’orchidées ou de rhinocéros.

En devenant numismate professionnel, vous allez rentrer dans un cercle professionnel extrêmement restreint, composé de gens aux caractères usuellement bien affirmés, d’individualités souvent fortes où vous devrez vous faire une place entre les jalousies, les rancunes, les rancœurs et les mesquineries. Certes, dès que vous aurez réussi à obtenir la clientèle d’un milliardaire et que vous aurez un budget d’achats annuel d’une dizaine de millions, les choses iront mieux … mais ça, ce n’est pas demain la veille, c’est incroyable comme les milliardaires numismates sont rares… Bref, vous voulez vous entendre cordialement avec vos confrères ? Rentrez plutôt dans une équipe de rugby….

La qualité essentielle qu’il vous faudra développer est d’être capable d’expliquer à un collectionneur pourquoi telle ou telle monnaie est importante et pourquoi il doit l’acheter (et pourquoi son prix est justifié !). Cela semble évident et c’est pourtant extrêmement difficile. Combien de professionnels sont aujourd’hui capables de remettre une monnaie dans son contexte historique, de comprendre son symbolisme, d’être sensible à la qualité de sa gravure, et de faire passer l’émotion ? Très peu. Si vous êtes simplement un acheteur correct et que vous travaillez beaucoup, vous ne deviendrez pas numismate mais simplement marchand de monnaies. En effet, votre « travail » ne consistera qu’à présenter des monnaies sur des plateaux et c’est le collectionneur qui fera son choix en fonction de ses propres critères, bons ou mauvais. Bref, vous serez une vitrine. Pas très passionnant et je doute que vous imaginiez le métier de numismate sous cette perspective. Pour l’éviter, il va falloir que vous soyez capable, lorsque vous achetez une monnaie pour votre stock, de vous mettre dans la peau d’un collectionneur. De ne pas l’acheter simplement pour des raisons de prix. De l’acheter parce qu’elle a quelque chose de particulier, fusse simplement une belle frappe franche et des coins frais. Cette capacité d’aimer les monnaies comme le ferait un collectionneur tout en restant capable de les vendre est celle qui fait les grands numismates. En serez-vous capable ?

Chaque numismate professionnel et moi le premier vous dira qu’il fait le plus beau métier du monde. Cela ne veut pas dire que pour vous, ce sera le plus beau métier du monde : réfléchissez bien !

Puisque vous êtes encore là, je n’ai donc pas réussi à vous décourager. Vous pensez donc aimer suffisamment la numismatique pour espérer triompher brillamment de toutes les difficultés que nous venons d’évoquer.

Nous allons, pour compléter, passer en revue quelques conseils généraux et rappeler les principes de base.

Tout d’abord vous avez le choix entre travailler en indépendant ou rejoindre comme employé un professionnel déjà installé. Nous ne réfléchirons qu’à l’hypothèse « indépendant » car, et vous pouvez le constater, les professionnels installés travaillent usuellement seuls, notre équipe de vingt personnes étant une exception dans le paysage numismatique français. En indépendant, vous n’aurez besoin de personne pour vous installer.

Bien entendu, pas question d’espérer en vivre dès le début, il vous faudra donc une profession « normale » et surtout ne jamais pouvoir être accusé de travail « au noir ». Le glissement de l’un à l’autre est très difficile à gérer car il ne faut pas « partir trop tôt » ni s’installer dans le bidouillage où l’on ne peut pas fournir de factures…

Réglons de suite la question des études. Certes, elles servent. Mais la question n’est pas là car elles ne constitueront jamais un sésame et une garantie de succès. Lesquelles ? Histoire, informatique, langues (anglais impératif, allemand et espagnol souhaitables), psychologie...

FAIRE : Se spécialiser sur un domaine porteur, de préférence celui que vous collectionnez déjà. Constituer une collection de très bon niveau pendant que l’on travaille encore « normalement » et y consacrer tout l’argent disponible en se « serrant la ceinture » si nécessaire. Le jour où vous passerez professionnel, vous vendrez votre collection dans votre premier catalogue ce qui vous procurera l’argent nécessaire pour commencer d’acheter et de vendre comme un professionnel, vous fera connaître et vous fera couper les ponts avec l’esprit collectionneur. Aucun marchand ne peut se permettre de collectionner dans un domaine majeur et vous aurez besoin de tout l’argent disponible. NE PAS FAIRE : accumuler des tonnes de drouillasses payées très bon marché mais invendables… Mieux vaut payer cher une monnaie exceptionnelle dont vous êtes sûr qu’elle trouvera toujours un amateur quand vous voudrez la vendre que d’entasser de la fonte améliorée.


FAIRE : ne jamais rien oublier et toujours tout regarder, même ce qui semble à première vue sans intérêt. Vous avez une demi-heure avant le départ du train ? Fouillez les boîtes de drouille des brocs de la foire. On ne sait jamais. NE PAS FAIRE : passer des petites annonces du style « Je vends et j’achète tout ». D’abord, cela ne donne plus guère de résultats, ensuite et surtout, il y a des équipes spécialisées au fisc qui ne font que lire ce genre de petites annonces…


FAIRE : se constituer dès la première seconde un fichier « clients » et y noter toutes les adresses et informations. Savoir qui est qui et qui s’intéresse à quoi vous sera d’une utilité extrême lorsque vous aurez besoin d’un conseil ou d’une identification. Il n’est pas inutile de noter l’adresse d’un amateur de variétés modernes même si vous n’en avez aucune et pas l’intention d’en vendre un jour. Le curé de la paroisse peut parfaitement vous demander, sachant que vous êtes « dans les pièces », ce qu’est cette drôle de pièce de dix francs Génie en un seul métal qu’il vient de trouver dans le tronc de l’église. Vous ne savez pas, c’est excusable, mais si vous ne pouvez pas vous renseigner pour savoir si cette variété est rare, le tronc de l’église et vous avez perdu entre mille et deux mille francs et ça, ça n’est pas pardonnable. NE PAS FAIRE : se fier à sa mémoire… ou faire des fiches papier : hors de l’ordinateur, point de salut. Tous les soirs, saisie des adresses et informations recueillies dans la journée.


FAIRE : travailler, bouger beaucoup, rencontrer beaucoup de gens, laisser sa carte avec tous les moyens d’être joint depuis le portable jusqu’à l’e-mail. Ne pas hésiter à montrer ce que l’on a acheté et dire combien on l’a payé. Vous constaterez rapidement que votre premier problème sera de voir des monnaies réellement à vendre. Les professionnels ont des habitudes avec des gens qu’ils connaissent depuis longtemps et en qui ils ont, à tort ou à raison, confiance. Vous ne pourrez vous battre qu’en payant plus cher : prouvez que vous le faites en montrant ce que vous avez acheté. NE PAS FAIRE : croire au Père Noël. Le lot si tentant et qu’il faut payer en espèces...ce n’est pas parce que vous êtes sympathique que l’on vous le propose, c’est très probablement parce qu’il est volé ou d’origine douteuse...


FAIRE : soyez ouvert à toutes les numismatiques que vous pouvez rencontrer. NE PAS FAIRE : négliger une série parce que vous considérez ces monnaies comme indignes de votre intérêt. Vous êtes au service du collectionneur, pas là pour lui prêcher la bonne parole. Lui montrer qu’un denier de Jules César, ça existe vraiment et que cela vaut le même prix qu’une série euro du Vatican, certes, en revanche refuser de lui fournir la série euro en question si vous pouvez la trouver, non, vous êtes numismate, pas frère prêcheur.


FAIRE : avoir un stock spécialisé et être connu pour être la référence et la meilleure source de pièces et d’informations sur un domaine. Dépenser l’argent qu’il faut pour que ce stock soit toujours digne de vous. Ne pas hésiter bien entendu à acheter hors de votre domaine mais vendez-le en priorité. NE PAS FAIRE : garder à la vente cent sept ans à un prix très élevé une monnaie qui n’apporte rien à votre stock sous prétexte que vous l’avez payée une queue de cerise. L’argent bloqué vous manquera.


FAIRE : photographier les monnaies rares de votre spécialité et noter toutes les indications nécessaires avant de les vendre. Faire le site internet de référence sur votre domaine. N’hésitez jamais à diffuser l’information : des collectionneurs compétents et informés sauront payer au juste prix ce qui est rare et vous feront confiance. NE PAS FAIRE : considérer qu’il ne faut pas « affranchir les caves ». Personne ne paiera jamais une monnaie rare ou importante le juste prix s’il ne sait pas pourquoi elle est rare et/ou importante. Si votre objectif professionnel est de vendre des monnaies communes trop cher à des incompétents, s’il vous plait, choisissez un autre métier.


FAIRE : avoir tous les livres nécessaires, tout particulièrement les ouvrages locaux concernant les monnayages nationaux. Pourquoi ? Parce qu’ils indiquent les raretés et prix réels bien mieux que le World Coins qui, avec ses qualités et ses défauts, est parfois complètement folklorique. Regardez-y donc les cotes des monnaies françaises récentes, vous comprendrez vite qu’un allemand ou un anglais qui voudraient acheter des monnaies françaises en utilisant ces cotes auraient parfois de grosses surprises. Vous trouverez difficilement ces ouvrages, vous aurez du mal à les lire, il vous faudra contrôler le niveau des cotes (facile, vous notez une pièce avec une grosse différence de prix, vous appelez l’auteur ou vous lui écrivez en proposant un exemplaire : vous verrez tout de suite au genre de réaction si le niveau des cotes du livre est à prendre au sérieux) . NE PAS FAIRE : vous limiter à votre expérience personnelle et aux livres de base. Chaque professionnel pourra vous raconter une anecdote sur un lot de pièces rarissimes dont il a vu, une fois, un paquet. En revanche, le World Coins est rempli de monnaies dont un numismate « normal », même professionnel, n’a jamais eu l’occasion de voir un exemplaire et qui sont pourtant complètement invendables car tout à fait courantes dans leurs pays d’origine.


FAIRE : apprendre par cœur les années rares, les types rares, les états de conservation rares. Annoter les livres, comparer avec les ventes effectives. Mémoriser les dates clés de chaque série, les types clés de chaque pays. NE PAS FAIRE : demander un World Coins ou un FRANC IV au professionnel chez qui vous êtes en train de faire des achats pour vérifier une cote.


FAIRE : demander régulièrement conseil, surtout aux gens qui se croient intelligents et suprêmement compétents. D’abord, vous pourrez réellement apprendre quelque chose, ensuite vous leur ferez plaisir autant que si vous leur aviez acheté une grosse monnaie. Dans votre situation de débutant, c’est une façon économique de conserver de bonnes relations. NE PAS FAIRE : expliquer aux clients que vous rencontrez que vous êtes le plus grand, le plus beau et le plus fort. Pensez-le si cela vous fait du bien mais ne le dites pas. D’abord parce que l’on n’est jamais le plus fort, la numismatique est bien trop vaste pour cela, ensuite parce que vous ne serez plus jamais pris au sérieux par les gens importants.


FAIRE : toujours être capable d’acheter une monnaie que vous revendrez éventuellement sans profit. Ce genre d’achat de courtoisie est une manière de rétribuer le professionnel dont vous venez de passer le stock en revue pendant une heure. NE PAS FAIRE : n’acheter que les erreurs des autres professionnels. Il y en a toujours, nul n’est parfait, mais elles sont rares et s’y limiter vous donnera la pire des réputations, celle de « chasseur de chopins » .


FAIRE : toujours proposer un prix quand on vous le demande. Vous êtes acheteur, vous êtes supposé payer au moins aussi bien que vos concurrents, vous êtes supposé avoir confiance dans votre prix, vous ne pouvez pas refuser. Si vous n’êtes pas sûr de vous, renvoyez sur quelqu’un d’autre. NE PAS FAIRE : essayer lourdement de savoir ce que l’autre veut comme prix. C’est aussi votre travail d’avoir une idée de ce que votre interlocuteur espère, sachant les livres qu’il utilise pour classer et son niveau d’expérience.


FAIRE : le prix que vous devez proposer n’est pas forcément ce que vaut la monnaie mais ce que votre interlocuteur pense que vaut la monnaie. Tous les professionnels pourront vous raconter une anecdote horrible où ils ont proposé un prix sérieux et ont entendu « Ah ! Cela vaut aussi cher que ça ? Dans ce cas, je le garde ». Ça semble idiot mais c’est fréquent. NE PAS FAIRE : Ne jamais, jamais, jamais, jamais se vanter de ses bonnes affaires, cela reviendra toujours à la personne chez qui vous les aurez faites et après, terminé, vous ne verrez que des monnaies au double du prix normal.


FAIRE : au minimum, savoir où se trouvent les informations dont vous pourriez avoir besoin. On ne peut pas tout savoir par cœur, en revanche, on doit impérativement savoir dans quel livre, article, revue, site internet se trouvent toutes les informations dont vous pourriez avoir besoin ou qui peut vous l’indiquer, domaine par domaine. NE PAS FAIRE : croire que l’on sait tout d’un domaine et que « c’est arrivé » .


FAIRE : développer une très importante culture générale superficielle, un art de la répartie « pour ne rien dire » excellent et surtout savoir que vous ne savez pas. Confesser se perdre dans les dynasties chinoises ou ne pas arriver à attribuer un potin gaulois ne vous attirera pas de problème si vous n’en abusez pas ; vous aurez même probablement la chance que votre interlocuteur vous fasse un cours, profitez-en. La meilleure source d’information est le collectionneur spécialisé. NE PAS FAIRE : éviter les deux extrêmes, à savoir rester muet ou raconter des âneries sur un sujet que l’on ne maîtrise pas.


Le plus essentiel est que vous n’oubliez jamais qu’une carrière professionnelle en numismatique se déroule comme une partie de bridge ou de poker : gagner, ce n’est pas remporter toutes les manches, c’est faire plus de points que les autres joueurs et être toujours présent à la fin du jeu. Au contraire une carrière de salarié s’apparente plus à une partie d’échecs : si vous perdez votre roi, vous perdez tout. Vous perdez votre job, c’est l’ANPE.

Si vous aimez suffisamment les monnaies, si vous avez l’esprit et le cœur à supporter toutes les contraintes de ce métier, si vous êtes capable de travailler beaucoup plus que la moyenne, (35 heures ? Rions ensemble de cette bonne plaisanterie...) vous ne perdrez jamais vraiment la partie et le temps vous aidera. Vous passerez vos journées à manipuler des morceaux d’histoire et à discuter avec des gens formidables, les collectionneurs numismates. Vous ferez un métier merveilleux... numismate !