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  LA TORCHE ET L’EGLISE

vendredi 29 septembre 2006

Au début de l’année 1997, Monsieur Louis B. nous présenta une 5 centimes Cérès de 1896 avec la torche de Patey, un exemplaire en état splendide. Jusqu’à ce jour, il n’y avait pas de cote en SPL ni à plus forte raison en FDC dans le FRANC pour la F.118/37, pour la simple raison que nous n’en avions jamais vu.

Aujourd’hui, nous avons un nouveau plaisir rare à partager : celui de connaître l’histoire de cette monnaie presque neuve et de vous la raconter.

En l’an de grâce 1897, pour le baptême de son fils, un banquier parisien habitant Chantilly se prépare pour la cérémonie. Comme la tradition l’exigeait alors, il rapporte de la caisse de sa banque quelques sous en vue de les jeter avec des dragées à la sortie de la cérémonie religieuse. Des sous ? En réalité, des pièces de cinq centimes car, un siècle après la création du Franc, il était toujours d’usage de partager le franc en vingt pièces d’un sou, comme la livre royale se partageait en vingt sous. On appelait donc les pièces de cinq centimes des « sous » et les pièces de dix centimes des « deux sous ». Une autre expression très utilisée est « pièce de cent sous », bizarre hybride entre le vocabulaire royal et la logique du système décimal : bien entendu, cette fameuse pièce de cent sous est la pièce de cinq francs, la « thune ».

La cérémonie se déroule, l’enfant est oint, la famille sort de l’église et le père jette aux amis et à la foule rassemblée pour la sortie de la messe les dragées et les « sous ». Les pièces, encore toutes neuves et sortant de leur rouleau, sont attrapées au vol ou tombent au sol, bientôt échangées chez l’épicier du coin contre quelques bonbons.

Les quelques pièces qui ne servent pas à la fête sont mises de coté par le banquier en souvenir du baptème dans une boite contenant de la ouate. En 1976 ou 1977, son fils, le baptisé de 1897, donne à notre ami Louis B. cinq exemplaires des pièces de son baptême. Ces cinq pièces, qui avaient échappé au piétinement sur le pavé de la place de l’église de Chantilly, quittaient donc la ouate pour la première fois depuis un siècle.

Un jour, Louis B. voit le FRANC dans une librairie, classe les pièces modernes de la famille, remarque qu’il existe deux variétés pour la 5 centimes 1896, prend sa loupe et découvre que les cinq pièces du baptême étaient des « Torches ».....

Que faut-il conclure de cette histoire ?

Tout d’abord que la chance peut sourire à tout le monde et qu’elle prend souvent des chemins imprévisibles. Ensuite, que l’on ne pourra profiter de cette chance que si l’on observe attentivement les monnaies : elles peuvent receler bien des surprises, de la tranche farfelue à la frappe médaille en passant par le millésime rare ou l’atelier introuvable.

Il est rare et précieux de connaître l’histoire d’une pièce et le chemin qu’elle a suivi depuis les mains de nos aieux. Cachettes familiales, tiroirs de grand-mères ou trésors cachés, ne perdont pas en les dispersant l’histoire qu’ils nous racontent : c’est la nôtre.