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  LES PREMIERS FRANCS ETAIENT DE PAPIER !

vendredi 29 septembre 2006

Si le décret de fondation du franc date du 15 Août 1795, des assignats en francs furent émis dès le 7 janvier 1795 (18 Nivose An III) avec une série complète de 100, 750, 1000, 2000 et 10.000 Francs.

Jean Lafaurie nous précise dans son ouvrage de référence “LES ASSIGNATS” que c’est le Comité des Finances du 27 septembre 1794 (6 vendémiaire An III) qui décida que la future émission d’assignats porterait le mot “Franc” en lieu et place du mot “Livre”.

Il faut déduire que l’idée de la correspondance entre le système royal et le système révolutionnaire était déjà prévu. Cette correspondance se confirmera lors de la définition de l’étalon métallique du Franc choisi par référence à la Livre Tournois de 1726 selon l’arrêt du 26 Mai 1726. En effet, à cette date, l’écu aux lauriers vaut 6 livres tournois, pèse 29,488 grammes pour un titre de 917 millièmes de métal pur. Rapporté à une pièce de cinq unités titrant 900 millièmes, nous obtenons effectivement un poids brut de 25 grammes. Les calculs ont du être plus complexes, les étalons de poids ayant changé entre ces deux dates et l’usure des monnaies royales ayant été prise en compte.

L’apparition des assignats en francs préalablement à la frappe se justifie de deux manières.

Tout d’abord, l’assignat en livres est déjà extrêmement déprécié et le Gouvernement, toujours à la recherche d’expédients, souhaite procéder à une émission sous une forme différente. Le simple changement de titulature va lui permettre de procéder rapidement à cette émission pour laquelle tout est déjà prêt sauf l’apparence de crédibilité : la nouvelle unité monétaire la confèrera.

D’autre part, le statut des métaux précieux est instable, mal défini par les lois souvent changeantes, et l’organisation d’une émission nouvelle pose d’importants problèmes pratiques. Définition et gravure des nouveaux coins, accumulation et répartition des métaux, organisation législative des essais, reportèrent la première frappe effective au 9 janvier 1796 (19 Nivose An IV).

Le choix du type de la première pièce portant le mot “franc” était lui aussi lié aux émissions d’assignats en francs. Nous retrouvons dans les tableaux des timbres secs de sécurité des assignats faits par Jean Lafaurie le type “Union et Force” choisi pour être gravé par Dupré. Le timbre à sec d’origine, gravé par Gatteaux, portait la légende “Le peuple souverain” et fut utilisé sur les assignats de 1000 et 10000 francs. Assez rares, ces assignats sont très bien décrits et illustrés dans l’ouvrage déjà cité de Jean Lafaurie, dans le livre fondateur de la Numismatique Française moderne, le Dewamin et, avec cotes et listes de signatures, dans l’ouvrage de Maurice Muszynski “Les assignats de la Révolution Française”.

Pour les décrire rapidement, ils comportent tous les moyens de lutte contre les falsifications en usage à l’époque : filigranes - déjà -, papier pelure spécialement fabriqué, décor de vignettes finement gravées plus difficiles à imiter, timbres à sec imprimés en relief dans le papier à partir de coins similaires à ceux utilisés pour les monnaies, multiples de jeux de signatures imprimées en corrélation avec les numéros de série et, bien entendu, assignats vérificateurs, ancêtres de nos spécimens modernes, signés au dos à la main par des officiels préposés à cette charge. Ces billets permettaient la comparaison entre l’assignat supposé faux et un original certifié authentique, le vérificateur.

Tous ces efforts n’empêchèrent pas la contrefaçon mais, plus grave, la nouvelle unité monétaire n’eut pas l’effet adjuvant escompté et les assignats en francs se dévalorisèrent bientôt comme les assignats en livres qui les avaient précédés. Seules les réformes de Bonaparte permirent la circulation fluide d’une monnaie fiable.

L’exemple des ces premières émissions en francs montre une fois de plus, si cela avait été nécessaire, qu’il est presque impossible de cantonner au métal le champ de la Numismatique !