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  AVANT LE FRANC

vendredi 29 septembre 2006

Etait la livre tournois... et toute la Numismatique Royale ainsi que des tentatives prématurées de papier-monnaie qui échouèrent tellement lamentablement que les français en furent dégoûtés pour plusieurs siècles.

La livre tournois se décomposait en vingt sous de chacun douze deniers. Les monnaies les plus utilisées était le double louis d’or de 48 livres, le louis d’or de 24 livres, l’écu d’argent de six livres et ses subdivisions : demi-écu, cinquième d’écu, dixième d’écu à la valeur en livres à proportion et, pour les monnaies de cuivre, le sou, le demi sou et le liard de trois deniers tournois.

On comprend aisément que les français aient accepté massivement le Franc qui simplifiait radicalement les calculs par l’usage du système décimal : essayez donc d’additionner 38 livres, douze sous et sept deniers avec 43 livres, seize sous et neuf deniers, ensuite, rendez la monnaie car vous avez été payé avec deux doubles louis....

Les tentatives malheureuses sont principalement celle de Law, banquier et philosophe écossais qui convainquit le Régent - durant la minorité de Louis XV - de lui donner le droit d’imprimer des billets de banque et de les utiliser dans le public. Le “système” de Law n’était pas intrinsèquement pervers et aurait pu fonctionner mais tout le mal vint de la confusion exigée par le Régent entre la Banque de Law, privée, et les comptes du royaume : aucun frein n’étant plus mis à la création monétaire et l’impression des billets ne servant qu’à boucher les trous du budget, la confiance disparu et Law fit banque...route, ruinant au passage des milliers d’épargnants. Les anglais, beaucoup plus sérieux, avaient créé dès 1696 des billets de banque émis par la Bank of England qui furent tous parfaitement remboursés en or à leurs détenteurs. Conséquence malheureuse pour nous collectionneurs : si l’on peut trouver assez facilement les billets de Law, ceux de la Bank of England sont strictement introuvables pour le XVIIIème siècle. Leur rareté est telle que l’un des billets retrouvés - une livre sterling de 1798, le plus petit billet d’une époque où l’on montait au billet de mille livres - s’est vendu récemment l’équivalent de 500.000 francs.... rançon du sérieux de la Banque d’Angleterre.

Les autres pays d’Europe subissaient des systèmes monétaires archaïques aux étalons multiples, aux subdivisions d’une complexité redoutable qui rendaient les banquiers et changeurs maîtres non seulement en calcul mental et en acrobatie algébrique mais encore dans la lutte contre les faussaires, rogneurs de pièces et autres escrocs qui, jouant sur la quantité énorme de types de monnaies en circulation tentaient d’abuser de la crédulité publique. Les faussaires étaient de tels fléaux avant l’apparition d’un système monétaire unifié qu’ils étaient bouillis vifs dans l’huile...

Tous ces systèmes archaïques vont disparaître plus ou mois rapidement devant le Franc sous les coups de boutoir des armées de la Révolution d’abord, de Napoléon ensuite puis de la bourgeoisie triomphante du XIXème siècle qui luttera durant tout le siècle pour imposer un système monétaire pratique pour le commerce. Nous verrons apparaître le franc belge, le franc suisse, tous deux accompagnés de centimes, la lire suivi de ses centesimi, la peseta avec ses centimos... les anglais se seront rendus les derniers avec une décimalisation du vieux système sterling en 1971...

Avant le Franc était aussi l’assignat en livres dont le destin fut celui des monnaies de périodes troublées : il ruina des dizaines de milliers d’épargnants avant de finir au caniveau.

Emis au départ pour palier au manque de numéraire et pour financer les déficits de l’état, l’assignat fut garanti sur les “Biens Nationaux”, en clair sur les spoliations réalisées d’abord sur le clergé et les émigrés, puis sur les simples citoyens soucieux de préserver leurs avoirs.

Tout se serait bien passé si, pour un milliard huit cent millions de livres saisies, les révolutionnaires n’avaient pas émis quarante neuf milliards d’assignats. Je ne saurais trop conseiller sur cette période l’excellent livre de René Tendron sur le coût financier de la Révolution qui montre la descente aux enfers, ponctuée de lois donnant cours forcé aux assignats, punissant de mort leur refus, punissant de mort l’existence d’un double prix ( l’un en métaux précieux, l’autre en assignats), interdisant de publier les cours du change (les places étrangères cotaient la dépréciation de l’assignat...), fermant la Bourse... vaines tentatives...

Quelques dates et chiffres significatifs : l’assignat en livres est créé le 19 décembre 1789 et sa première dévaluation par rapport au métal date de juillet 1790, elle n’est encore que de cinq pour cent. En juillet 1792, après une loi de 1791 interdisant d’exporter des métaux précieux, la dépréciation atteint 40%. Le mois suivant les confiscations de métaux précieux commencent. En avril 1793, le cours forcé est imposé : on doit accepter les assignats et payer avec sous peine de prison. En juillet, la dépréciation atteint 64%. Immédiatement après, le gouvernement ferme la Bourse et interdit la publication des cours de changes. Rien n’y fait. En septembre, la peine de mort est instituée pour punir les commerçants qui refusent les assignats, les prix et salaires sont bloqués - les bolcheviques n’ont rien inventé - mais au début de 1795, l’assignat vaut 10% de son nominal. Le gouvernement crée alors l’assignat en francs...