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  LES ESSAIS MONÉTAIRES ET LES ESSAIS DES OFFICIELS

vendredi 11 mai 2007, par ALPHA

Les essais monétaires de la cinquième République se décomposent en deux catégories : les vrais essais et ceux faits pour les collectionneurs. Devinez donc ceux qui sont intéressants... Les vrais essais sont ceux qui ont servi à la mise au point des monnaies courantes, adoptées ou pas. Les essais industriels sont gardés par les ouvriers ou par les graveurs, donnés à des numismates pour services rendus et ne réapparaissent sur le marché que des décennies après. Les essais pour approbation sont offerts aux ministres, membres de la commission monétaire, qui ont à donner leur avis sur les nouvelles monnaies. Ces essais ne repassent dans le commerce que bien plus tard. On vient par exemple de voir passer dans une brocante la boîte des pièces de 2 francs 1977 qui avait été offerte à Jean-Pierre Soisson, à l’époque ministre. Si vous connaissez un député, un ministre... ouvrez l’oeil et le bon ! Certaines monnaies d’essai distribuées aux membres de la Commission, et même des essais de fabrication non terminés, ont atteint des prix très élevés pour les moyennes de la numismatique française (écu d’or de François Ier, 1500 francs, Louis d’or de Louis XIII, 3000 francs, Louis d’or de Louis XVI, 1500 francs, 20 francs or de Napoléon Ier, 600 francs...). Un essai non terminé de 10 francs Semeuse (comme la 5 francs actuelle, mais d’un diamètre de 24mm et en 10 francs) s’est vendu 24600 francs. L’essai mythique de la cinquième République est le 20 francs Hercule. Vous n’avez jamais entendu parler de cette monnaie ? Normal, il n’en existe plus qu’une poignée mais elle a failli être dans toutes les mains. Un peu d’histoire récente : en 1965, 1964 pour l’essai, on met en circulation une pièce de dix francs au type Hercule, créée sous la Première République par Augustin Dupré, réutilisée sous les deuxième et troisième républiques. Cette pièce, qui pèse 25 grammes d’argent à 900/1000 est prestigieuse et très belle. Elle est gardée par les Français et rencontre un vrai succès populaire. 1968 arrive et ses célèbres « évènements » qui vont couler durablement, sinon l’économie française, au moins la crédibilité de sa monnaie et son taux de change. Chacune des 10 francs Dupré contient 22 grammes d’argent qui est acheté sur le marché international où son prix ne cesse de grimper, d’une part du fait de la faiblesse du Franc, d’autre part suite à une hausse générale des matières premières. En 1973, premier choc pétrolier, le Trésor ne tient plus, les monnaies risquent d’être fabriquées à perte. Il faut remplacer la 10 Francs Hercule par une monnaie de valeur faciale plus élevée. Le Trésor et la Monnaie prévoient une pièce de vingt francs au même type, légèrement plus lourde (27 grammes de fin), le doublement de la valeur faciale restaurant les bénéfices de l’Etat. Le président Pompidou est décédé, arrive celui qui va inventer le « meilleur économiste » de France, Giscard d’Estaing. En matière de monnaies, il va montrer où se feront les dites économies : il biffe d’un trait de plume la valeur de 20 francs et la remplace par 50 francs, augmentant le bénéfice du Trésor de trente francs par pièce sur le dos de la population qui les utilise. Une vingtaine d’exemplaires de la Vingt francs avait été frappé à titre d’essai (avec le mot ESSAI) : ils vont rester entre les mains des responsables de l’époque et particulièrement du Président lui-même. On en trace peu d’exemplaires dans le commerce, la petite histoire raconte qu’un exemplaire fut revendu par le chauffeur du Président (si c’est vrai, sacré pourboire !) et après un passage par une collection spécialisée, se trouve aujourd’hui aux USA. Un exemplaire massacré, probablement un rebut de frappe gardé par un ouvrier de la Monnaie, a été proposé l’année dernière rue Vivienne. L’exemplaire de l’un des membres de la Commission Monétaire de l’époque, le Docteur Kolsky a été vendu avec sa collection, et est parti à l’étranger, pour 46.510 francs avec une offre à 91.000 ! Vendu à l’étranger alors que ni le Cabinet des Médailles, ni le Musée de la Monnaie de Paris n’ont d’exemplaire de ce qui est l’essai le plus prestigieux de la cinquième République ! La France est un grand pays soucieux de son patrimoine... La suite de la petite l’histoire de cet essai est encore plus horrible. Le château personnel de notre ancien Président, en Auvergne, fut cambriolé voici deux ans et la rumeur policière fit état de sept ou huit essais de la vingt francs volés par les malandrins. L’imbécillité que l’on suppose chez des cambrioleurs capables de s’attaquer à un château sans savoir que, de tous les châteaux privés français, celui-ci avait toutes les chances d’être le mieux surveillé, a du faire que les essais furent confondus par les voleurs avec des 50 francs, auxquels ils ressemblent exactement, sauf la valeur faciale, et fourgués chez un fondeur ! Aucun n’est réapparu dans le commerce.