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  La monnaie dans le language

dimanche 9 septembre 2012, par Franck Perrin

Article de Gérard Boutonné ADF N°459

Il est difficile de parler d’un tel sujet tant il est vaste, surtout pour un amateur comme moi. Les spécialistes l’abordent par l’histoire générale du monde, en particulier pour nous et à l’origine de notre monnaie, l’histoire et la légende se confondent. Je passerai sur les objets qui servaient au troc et à l’échange de marchandise comme les coquillages (1) du genre Cauris, des pierres plus ou moins grosses rangées devant

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les maisons représentant la richesse de son propriétaire, donc son pouvoir d’achat, un peu comme le tas de fumier devant les fermes qui, jadis déterminait l’importance du cheptel source de richesses. Je passerai aussi sur la Chine par exemple, qui bien longtemps avant nous utilisait des moyens d’échanges mais pas de monnaies.
En Lydie, 600 ans avant Jésus-Christ, le roi Midas grâce au Dieu Silène transforme tout ce qu’il touche en or. Un jour, en se baignant dans le fleuve Pactole, il lui transmet ce don. Depuis, celui-ci renferme des sables aurifères. D’où l’expression « toucher le pactole »
Cet or mélangé avec de l’argent, l’électrum, fondu puis coulé en petits globules est « frappé au coin du bon sens ». Le coin étant la pièce métallique servant à graver le globule en le frappant avec un marteau, dans le bon sens. Encore une expression venue de la monnaie.
Les premières représentations sur une face, sous forme d’empreinte en creux sur les globules sont des animaux. Pour éviter la fraude déjà présente, Crésus, toujours ’aussi’ « riche comme Crésus » remplace l’électrum qui était un mélange naturel d’or et d’argent incertain donc de « mauvais aloi », par du métal pur. Autre invention, le coin matrice qui permet d’imprimer en même temps les 2 faces des globules pour obtenir les créseides (2), monnaie inventée par Crésus vers 500 avant J C.
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En moins d’un siècle la monnaie se diversifie, évolue et inonde le monde grec de l’époque jusqu’à Phocée d’où les marchands voyagent et comme par hasard arrivent sur notre côte et fondent comme tous les supporters de l’OM le savent Massalia.
Toutes pièces sont bonnes pour commercer aux contacts avec les indigènes, qui le sont parce qu’ils sont là, mais tous sont venus d’ailleurs, histoire éternelle. Les oboles (3), hémioboles, drachmes,

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petits bronzes, sesterces et j’en passe prolifèrent parmi les nombreuses tribus celtes, gauloises, sous le joug puis contre et enfin avec les romains, l’évolution se poursuit et chacun dans son « coin » c’est le cas de le dire, frappe monnaie au point que d’innombrables catalogues de monnaies actuels font le bonheur des numismates et historiens. Le commerce n’explique pas à lui seul la pratique monétaire, les pièces sont à la base de l’organisation religieuse et politique.
Il faut dire que la pièce est une formidable vitrine politique à une époque où il n’y avait pas de moyen d’information. Comment faire savoir que tel ou tel empereur était au pouvoir à un moment donné ? A cette époque les hommes ne vivaient pas très vieux et de plus l’assassinat, l’empoisonnement était « monnaie courante » ( monnaie légale ayant cour ) ce qui provoquait un changement très rapide à la tête de la région, du pays, et donc la 1ère directive du ’patron’ était de faire changer l’effigie de l’ancien sur toutes les pièces. De plus le revers des pièces permettait à l’empereur de faire toutes sortes de promesses, de vœux, destinés au peuple histoire de calmer la colère permanente des Gens dont on soutirait argent et nourriture pour les légions et le train de vie des notables. Cela permettait aussi d’éliminer les faux qui étaient comme aujourd’hui source d’ennui pour l’émetteur.
Le titre d’empereur n’avait pas le même sens qu’on lui donne actuellement, c’était un général élu par ses soldats pour diriger une région tout autour de la méditerranée que Rome déterminait ou attribuait. Tous les empereurs ne régnaient pas à Rome, ce qui explique leur nombre très important, environ 574. Quelques-uns, comme Vespasien ont laissé leurs noms ou une histoire connue. Les vespasiennes étaient des urinoirs publics et payant qui permettaient à Vespasien de revendre l’urine dont l’ammoniac servait à blanchir les tissus. Son fils lui demandant pourquoi il s’occupait de choses aussi nauséabondes se vit répondre « l’argent n’a pas d’odeur ».
Jésus lui-même se fit prendre à partie par les docteurs de la loi de l’époque, dans une citation de la Bible, évangile de St Marc, et au sujet d’un denier à l’effigie de César : « Doit-on ou ne doit-on pas payer le tribu à César ( Tibère ) ? » Mais connaissant leur hypocrisie Jésus leur répond, pourquoi essayez-vous de me tromper, donnez-moi un denier (4) et je vous le dirai. Et ils lui tendirent. Et il les interrogea, à qui est

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l’image et la légende de cette pièce ? Et ils lui dirent quelle était de César. Alors Jésus leur répondant leur dit « rendez à César ce qui appartient à César et rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu. » C’est l’histoire du denier du tribut de l’impôt.
Encore un saut de puce, et nous voilà à Alexandrie sur l’île du Pharos, à l’origine du mot phare où se trouvait un phare mythique faisant partie des 7 merveilles du monde. Construit par Ptolémée II en 285 avant J C L’archéologie moderne a retrouvé les pierres du phare devant l’île (5),

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sous l’eau et envisage même un jour de le reconstruire. La difficulté c’est qu’ils ne disposent semble-t-il d’aucun plan, aucune représentation graphique de l’époque, seul des pièces aux effigies d’empereurs romains le représente quelques années après sa construction.
Pour ce qui est de la future France, les Celtes, les Gaulois les Romains les Byzantins suivent leur histoire monétaire compliquée et que l’on peut qualifier de « roupie de sansonnet » (la roupie étant une toute petite pièce indienne sans grande valeur pour la majorité d’entre nous). Mais je ne crois pas à cette explication car roupie a un autre sens bien plus adapté à notre expression : Humeur qui coule des fosses nasales et pend au nez. C’est donc quelque chose d’insignifiant surtout venant du bec d’un oiseau.
Les siècles passent avec une foultitude de pièces retraçant les richesses et les pauvretés des tribus, des empires, avec leur lot de batailles, de guerres.
Et pendant ce temps là, Clovis 1er roi des Francs conquit la Gaule jusqu’aux Pyrénées 486-507, c’est une indication pour la suite. Holà les Mérovingiens sont là, puis les Carolingiens les Capétiens sur lesquels je n’ai rien à vous raconter aujourd’hui.
Blablabla, blablabla, je suis là comme un « rond de flan » le flan (6) est

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ce morceau de métal lisse des deux cotés sur lequel on va frapper monnaie, ce qui veut dire être là sans servir à rien pour le moment.
Le 1er millénaire est passé et « tous comptes faits » autrement dit finalement ! Son origine monétaire ne fait pas de doute : prenons un denier de même poids et de bon aloi, mais provenant de comtés de duchés différents, dont la richesse n’est pas égale. Il en découle que leurs deniers n’a pas la même valeur. Il faut donc utiliser un abaque pour tenir compte du nombre de denier de chaque provenance multiplier par leur valeur pour obtenir tous comptes faits la somme versée par un acheteur.
L’or et l’argent sont toujours utilisés pour les monnaies qui changent sans cesse de valeur, de poids.
Vers 1200 après JC pour que le peuple soit tenu au courant des changements, le prévôt de la ville, sur son cheval lit la proclamation de la chambre des monnaies pour « décrier » les anciennes qui n’ont plus court légal et « crier » les nouvelles.
Vers 1200 et plus l’entrée de Paris était payante sauf pour les montreurs de singes savants devant pousser la chansonnette avant de montrer ce que leurs singes savaient faire, ils obtenaient un méreau sorte de jeton qui les dispensait de péage. Vous connaissez ? La « monnaie de singe » (7) donc sans valeur.

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Vers 1300 et plus, on interdit aux chrétiens au nom de l’Évangile le prêt à intérêt, les Juifs eux sont autorisés. Cette loi est détournée par le versement de dons à l’ordre des Templiers ou des Lombards qui gèrent les capitaux de l’Europe. Il y a toujours une exception rien n’a changé de nos jours. C’est aussi la création d’une petite monnaie (8) : la Maille,

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difficile à partir ( à faire des parts, à diviser puisqu’elle est l’unité de base ) d’où l’expression « avoir maille à partir » avoir des difficultés avec quelqu’un, quelque chose.
Encore les Anglais toujours eux, le désastre de Poitiers en 1356, le roi Jean II le Bon est fait prisonnier par les Anglais qui réclament une rançon. Pour se rendre Franc ( libre ) il fait une ordonnance datée du 05/10/1360 dite de Compiègne : Que en toutes monnaies l’on fasse faire monnaies d’or fin qui seront appelés Francs d’or fin (9), lesquels

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auront cours pour 20 sous tournoi la pièce et de 63 de poids au Marc de Paris ( soit 3,885 g )
Voici notre tout premier Franc d’or qui ne vécut que 25 ans, remplacé ensuite par la livre tournoi avant de revenir plus tard. Ce Bon vivant de roi, détourna pour ses plaisirs une grande partie de la rançon…mais qu’avons nous inventé ?
C’est du Pérou que nous arrivent en grande quantité de l’or et de l’argent au 16ème siècle, « c’est le Pérou » pour fabriquer par exemple les Thalers à l’effigie de Marie –Thérèse (10) d’Autriche tant prisée par

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le monde arabe pour son érotisme, la chevelure rappelant les poils du pubis ! Cette pièce a tellement de succès qu’il s’en frappe encore de nos jours toujours à la même date 1780.
Le métal de ce thaler provient d’une mine d’argent qui se trouve à St Joachim dans la vallée, Thal en allemand, qui donnera pour la première pièce frappée en 1518 dans la région le nom de Joakimsthaler, évoluant en thaler, dollaro en Espagne et autre duro, douro, dinard et dirham au nord de l’Afrique, jusqu’au dollar qui lui-même pour son sigle $ imitant les 2 colonnes enlacées que l’on voit sur une piastre de RÉAL DE A OCHO appelée Pillar dollar (11), dont l’abréviation est S II. Tout n’est qu’évolution !

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C’est en 1575 que HENRI II ordonne une frappe, le1er Franc en argent à son effigie. Il durera 11ans et ne reviendra qu’en 1803, sous une forme qui nous est plus connue.
Pour contrecarrer les tricheurs qui rognent la tranche des pièces pour récupérer des copeaux d’or ou d’argent les autorités qui sont responsables du poids des pièces utilisent 2 méthodes de contrôle : 1er, le tintement des pièces car le métal presque pur a un son plus clair que le mélange de métaux utilisé par les tricheurs, 2em la pesée avec un trébuchet, petite balance qui « trébuche » sous le bon poids des pièces, en utilisant un poids monétaire de référence de même masse que la pièce.
« Payer en espèces sonnantes et trébuchantes » Que c’est beau !
Ces méthodes disparaîtront avec l’invention de la virole, sorte de cercle qui entoure la pièce en train d’être frappée et qui permet de graver des stries ou des lettres sur la tranche. D’un seul coup d’œil il est facile de contrôler le bon état de la pièce.
Il y a très certainement d’autres expressions qui m’échappent, je n’ai pas la prétention de toutes les connaître. Point d’étude approfondie sur le sujet, juste une description de ce que je sais pour essayer de nous distraire, vous en lisant moi en écrivant. Si vous saviez comme ça me fait du bien !
Les pièces modernes ont moins de petites histoires et n’alimentent que peu les expressions populaires, à l’inverse elles sont décrites par les collectionneurs ou répertoriées en notant une particularité : l’agnelle est une pièce avec un mouton sur une face, Napoléon III tête nue ou tête laurée. Rien de bien excitant. Pourtant chacun de nous doit avoir le souvenir d’une pièce, la forme la couleur l’utilisation à un moment donné fait que l’on s’en souvient, en somme le contexte provoque le souvenir et je pense que les monnaies des périodes difficiles sont plus chargées d’émotion et de petites histoires. Je vous propose de vous en parler une prochaine fois. A bientôt

Je suis heureux de vous savoir en vie puisque vous me lisez.