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  LES NCLTC

vendredi 29 septembre 2006

Cet acronyme barbare désigne les Non Circulating Legal Tender Coins, donc les Monnaies à Cours Libératoire Mais Ne Circulant Pas, une grande spécialité des émissions monétaires du Tiers-Monde, d’où le nom anglais. Un peu de définitions légales : ce qui donne à une monnaie le pouvoir d’être utilisée pour payer est une loi qui lui donne « cours libératoire », donc qui en autorise la circulation parmi les autres moyens de paiement. Il se peut parfaitement qu’une monnaie existe sans qu’elle ait « pouvoir libératoire » : les billets de réserve par exemple ou actuellement les pièces en euros, si on pouvait s’en procurer. Lorsque les nazis occupèrent la France, leur mentalité de mafieux s’illustra dans leur première requête : une indemnité d’occupation (! !!), un racket calculé par jour, se chiffrant en milliards de francs ; cette indemnité sera versée et servira aux nazis à pourrir le pays en rachetant à des tarifs très élevés tous les produits dont leur économie de guerre avait besoin, par le truchement d’intermédiaires français, dont l’immonde Joanovici fut l’un des plus répugnants représentants. Lors de leur départ, en 1944, ils se présentèrent à la Banque de France et réclamèrent une avance. Le secrétaire général de l’époque leur fit amener des caisses de billets, entre autres des « 5000 francs Empire Colonial », qui n’avaient pas encore été autorisés à circuler. Les nazis les refusèrent, comprenant que ces billets, n’ayant pas reçu « pouvoir libératoire », étaient des morceaux de papier. Ce type sera utilisé ultérieurement par le nouveau gouvernement de la IVe République pour échanger les billets « du marché noir » et épurer la circulation monétaire de tout l’argent liquide que les trafiquants avaient accumulé. Cet exemple de billets existants mais n’ayant pas de valeur est exactement l’inverse des NCLTC : ce sont des monnaies qui ne circulent pas mais qui ont une valeur libératoire. Pourquoi ne circulent-elles pas ? Parce que les gouvernements leurs donnent une valeur faciale bien inférieure à leur prix de vente aux collectionneurs et le plus souvent bien inférieure à la valeur métallique de leur contenu. Prenons par exemple une monnaie française NCLTC bien connue, la 500 francs « Jeux Olympiques d’Albertville » en Or. Sa valeur faciale officielle est donc de 500 francs : vous pouvez vous présenter à la Banque de France et l’échanger contre un billet de 500 francs ou, très théoriquement, payer avec chez un commerçant. Son prix de vente à la Monnaie de Paris était de 3.000 francs et sa valeur à la fonte de 850 franc : peu de chances que quelqu’un paye avec ! De très nombreuses monnaies de ce type ont été créées en France depuis les années 1980 avec les sujets parfois grotesques. Les mauvaises langues prétendent que nous n’avons échappé à une 500 francs « Mickey » que du fait des « royalties » exorbitantes réclamées par la firme Walt Disney... il y a eu des monnaies de 155 grammes d’or qui ont été fabriquées à 99 exemplaires et vendues 4900 dollars (eh oui, les prix étaient affichés en dollars !) Bref, faut-il collectionner les NCLTC ? Si ce que commémore la monnaie a un sens pour vous, si vous la trouvez belle, achetez-là. En revanche, ne l’achetez surtout pas si vous ne la trouvez pas spécialement belle, si elle ne représente rien pour vous. Nous ne sommes plus en numismatique mais dans l’objet d’art en petite série. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas.