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  Le Franc Germinal

jeudi 1er janvier 2009, par Franck Perrin

LE FRANC GERMINAL : LA RÉVOLUTION MONÉTAIRE.

Module : 23 mm


Poids : 5 grammes (poids théorique avec tolérance 4,975g./5,025 g.)


Titre : argent 900‰, cuivre 100‰ (titre théorique avec tolérance 897‰-903‰


Orientation des coins : 6 heures (frappe monnaie)


Date : AN XI (1803)


Atelier : A, Paris.


Description

AVERS : BONAPARTE - PREMIER CONSUL. Tête nue de Bonaparte à droite ; signé Tiolier, en cursive sous la tranche du cou. REVERS : RÉPUBLIQUE - FRANÇAISE. Couronne où se trouve inscrit : 1 / FRANC., formée de deux branches d’olivier entrecroisées se touchant au sommet ; dessous, àgauche, se trouve placé le différent de Charles-Pierre De l’Espine, Directeur de l’Atelier de Paris du 19 ou 20 Fructidor An 5 (5 ou 6 septembre 1797) au 15 décembre 1821 : un petit coq tourné à gauche entre deux globules ; sous la couronne prend place le millésime AN XI. ; à droite la lettre d’atelier A entre deux globules.

Symbolique

L’année 1803 est numismatiquement riche et chargée de symboles. Riche : pas moins de sept textes législatifs sont discutés, votés et promulgués entre le 18 Ventôse (9 mars 1803) et le 5 Messidor (24 juin 1803). Le plus important d’entre-eux, la Loi dite de “Germinal” (7/17 Germinal = 28 mars/7 avril 1803) fixera pour plus de cent ans le régime monétaire de la France. Cette Paix, symbolisée par les branches d’olivier du revers constitue la plus longue période de stabilité de l’histoire monétaire et économique de la Nation (1803/1914). Symbolique : c’est la première fois depuis plus de dix ans qu’apparaît sur une monnaie l’effigie du détenteur du pouvoir, ici, le Premier Consul. D’autre part, cette monnaie est la première pièce de 1 franc jamais fabriquée selon les Lois du 18 Germinal An III (7 avril 1795) et du 28 Thermidor An III (15 ao t 1795).

Le Législateur ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisque, dans le rapport préparatoire de Béranger et Jollivet présenté le 18 Ventôse An XI (9 mars 1803), il est mentionné : “Le type des monnaies est spécialement destiné à garantir la fidélité de la fabrication. C’est un sceau apposé sur chaque pièce pour attester que la fabrication est au titre et au poids déterminés par le législateur, tout comme la signature du Premier Consul et l’apposition du sceau de l’Etat attestent à tous les citoyens que les lois promulguées sont conformes à vos délibérations”. Les rapporteurs définissent les attributs de la nouvelle monnaie : “le type que nous l’honneur de vous proposer est véritablement national : d’un côté la tête du Premier Consul, avec la légende BONAPARTE - PREMIER CONSUL ; de l’autre, deux branches d’olivier (symboles de la Paix et de l’Abondance) avec la légende : RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. Cet emblême convient à une nation dont les plus puissants ennemis ne sauraient troubler la paix intérieure, et qui trouve dans son territoire et son industrie toujours croissante une source intarissable de richesses. L’ensemble du type offre un autre emblême agréable à tous les Français, puisqu’il exprime l’union inaltérable qui existe entre le peuple et celui qu’il a choisi pour son premier Magistrat”.

Les pièces de l’An XI présente une caractéristique unique dans l’histoire du monnayage français de l’époque contemporaine : le millésime s’inscrit toujours en chiffres romains, contrairement à la façon de l’écrire des années antérieures, voir la 5 Francs de Dupré de l’An 11 (N&C n° 252, fiche numismatique) ou postérieures de l’ère Républicaine jusqu’à l’An 14. Lorsqu’on présenta à Bonaparte les premiers projets de fabrication à son effigie, les deux unités rapprochées du millésime de l’An 11 qui rappelaient cruellement celles de l’An II, arrachèrent ces mots au Premier Consul : “l’An II, Robespierre”. Cette fâcheuse ressemblance fit que pour ce millésime, on eut recours aux chiffres romains.

Historique

Le 18 Ventôse An XI (9 mars 1803), comme nous l’évoquions ci-dessus, un projet est présenté au Corps Législatif qui est voté le lendemain. Le 21 Ventôse (12 mars 1803), le Premier Consul visite l’Hôtel de la Monnaie de Paris et nomme à cette occasion le nouveau Graveur Général, Pierre Joseph Tiolier (1763-1819), en remplacement d’Augustin Dupré (1748-1833), tombé en disgrâce.

La Loi des 7 et 17 Germinal An XI (28 mars et 7 avril 1803) organise la fabrication et la vérification des monnaies. En préliminaire, une disposition générale fixe que : “cinq grammes d’argent, au titre de neuf dixièmes de fin, constitue l’unité monétaire conserve le nom de Franc”. Les articles, 1, 2, 3, 4, 5, 16 et 17 s’articulent autour des modalités de fabrication, de titre et de poids ainsi que les tolérances qui y sont attachées et déterminent la valeur et la typologie des espèces.

A partir de cette loi, 1 franc d’argent = 290, 3225 milligrammes d’or avec une ratio or/argent : 1/15,5. L’article 11 précise le coût de l’opération de la fabrication pour les particuliers : “il ne pourra être exigé de ceux qui portent les matières d’or ou d’argent à la Monnaie que les frais de fabrication. Ces frais sont fixés à 3 francs par kilogramme d’argent”. On n’a aucune information sur ce coût pour la fabrication des espèces d’or.

Un rapport établi par Jean-Baptiste Say et destiné au Tribunat, examine et livre ses conclusions sur le projet de loi relatif à la refonte des monnaies (9 Germinal An 11). Une Loi relative aux pièces d’or et d’argent rognées est promulguée le 14 Germinal.

Les événements se précipitent : le 18 Germinal An 11, les derniers écus de 5 Francs au type de Dupré sont frappés à Paris. Dès le 26, soit 8 jours plus tard (16 avril 1803), les premières pièces de 5 Francs au type du Premier Consul sont fabriquées.

Le 17 Floréal (7 mai 1803) sont fixées les règles d’un double concours monétaire pour les nouvelles empreintes monétaires et les nouveaux balanciers. Le dépôt des matrices est clos le 1er Thermidor (20 juillet 1803). Pour la pièce de 40 francs, cinq artistes ont réalisé des projets : Auguste, Droz, Galle, Tiolier et Vasselon ; pour le projet de la pièce de 5 Francs, 11 artistes ont déposé des essais : Auguste, Brenet, Droz, Galle, George, Heurtaux, Jeuffroy, Lambert, Lavy, Tiolier et Vasselon. Le jury chargé de choisir les nouveaux types se réunit pour la première fois un mois plus tard, le 2 Fructidor (20 août). Une prolongation de délai jusqu’au 1er Brumaire An 12 (24 octobre 1803) est accordée à Brenet, Droz, Galle et Jeuffroy reconnus admissibles. Enfin, le 6 Frimaire An 12, les projets de Jean-Pierre Droz (1746-1823) pour la 40 Francs et de Nicolas Guy Antoine Brenet (1770-1846) pour la 5 Francs sont retenus. Cette date tardive explique que le type provisoire de Tiolier de l’An XI fut aussi fabriqué en l’An 12.

La pièce de 1 Franc en l’An XI a été fabriquée dans 7 ateliers : Paris, Lyon, Genève, Bayonne, Marseille, Perpignan et Lille, (production totale 329 308 pièces). Paris à lui seul représente 70% de la production annuelle. Entre l’An XI et l’An 12, la production totale pour les pi ces de 1 Franc s’élève à 2 914 938 pièces. La seule fabrication de Paris pour l’An XI représente près de 8% de la fabrication totale et de 15% de la production du seul atelier de Paris. Cette pièce fut frappée entre le 1er Messidor (20 juin) et le 29 Fructidor (17 septembre 1803).

Le 1/2 Franc fut également frappé, seulement à Paris et en petite quantité (31 380 ex). Néanmoins, ces productions restent très faibles au regard des quantités de pièces de 5 francs fabriquées au même millésime : 3 877 151 pièces. En l’An XI à Paris, il fut frappé pour 19 635 313 Francs de pièces d’argent, représentant une masse de métal pur de plus de 88 tonnes. Dans le même temps, la fabrication des pièces de 20 et de 40 francs produisait une recette de 10 209 240 francs pour un poids de près de 3 tonnes d’or pur pour le seul atelier de Paris, de loin le plus représentatif, sur une production totale, dépassant les 33 millions de francs.

Ces chiffres et ces sommes semblent considérables. Dans l’Arrêté du 10 Prairial An XI (30 mai) qui organise le nouveau règlement de l’Administration des Monnaies, un Administrateur se voit gratifié de 12 000 Francs d’émoluments, alors que ceux des caissiers sont fixés à 5 000 francs par an. Dans le même temps, un ouvrier agricole, non nourri touche 1 Franc par jour, c’est-à-dire notre pièce, un forgeron à Paris, 5 Francs.

Cet An XI fut vraiment riche en événements monétaires, mais aussi historiques, particulièrement Floréal. Le 11 mai (21 Floréal), la France déclare la guerre à l’Angleterre. Le pays, jusqu’à la chute de l’Aigle, ne connaîtra plus de repos. Plus grave encore, le 13 mai (23 Floréal), le Premier Consul, pour conserver de bonnes relations commerciales avec les Etats-Unis, leur cède pour 80 Millions de Francs les restes de l’Empire Colonial d’Amérique du Nord : la Louisiane.

BIBLIOGRAPHIE.

E. DEWAMIN, Cent Ans de Numismatique Française 1789-1889, 3 volumes, Paris, 1893-1899. J. INDRIGO, Monnaies Françaises et napoléonides 1799-1815, Les Collections Monétaires, Direction des Monnaies et Médailles, Paris, 1992. LE FRANC, Argus des Monnaies Françaises 1795-1995, Édition du bicentenaire, Paris, 1995