Accueil du site > Articles numismatiques > Divers > Le Champion de la 20 Francs Guiraud
  • Article

  Le Champion de la 20 Francs Guiraud

F402

vendredi 2 janvier 2009, par Franck Perrin

Tous les auteurs de catalogues de monnaies modernes (1800 à nos jours) rencontrent dans les monde entier les mêmes problèmes. Ils doivent déterminer si telle monnaie est plus rare que telle autre, et dans quelle proportion, pour pouvoir définir, en relation avec le marché, des cotes fiables. Comme auteur du FRANC, je considère que c’est le problème le plus difficile à résoudre pour les monnaies de faible ou moyenne rareté.

Les chiffres d’archives des fabrications existent mais ne sont pas complètement fiables, les monnaies sont relativement très nombreuses et il n’est pas souvent possible de distinguer les exemplaires entre eux. Conséquence : savoir dans quelle proportion une monnaie précise est rare devient très difficile.

La situation des chercheurs pour des monnaies plus anciennes est relativement beaucoup plus simple.

Les archives de fabrication existent rarement et sont au moins très incomplètes. Révolutions, guerres et incendies sont, avec la négligence et les souris, les grands ennemis des archives et il est rare que sur plus de deux siècles, l’un de ces fléaux n’ait pas emporté quelques pans de documents. Les chercheurs ne peuvent donc pas se fier complètement aux archives même quand il en subsiste une partie. Les monnaies des époques anciennes sont beaucoup plus rares et il est donc possible d’essayer de faire des listes d’exemplaires connus car, outre leur nombre relativement réduit, les monnaies de même type sont souvent reconnaissables entre elles. Prenons un exemple : il est très difficile de reconnaître entre eux les différents exemplaires connus de la 20 francs Turin 1939 : avec une frappe industrielle, tous les exemplaires sont rigoureusement identiques. Faire la liste, par contre, des écus d’or de Louis XIII connus pour Limoges est plus simple : la frappe au marteau sur des coins reproduits à la main donne des exemplaires où les détails du coin utilisé, le centrage, la qualité de la frappe, un infime détail comme une cassure de coin, vont permettre de repérer les différents exemplaires sur les photos des catalogues ou des livres de référence, donc de les compter !

Nous sommes convaincus que nos lecteurs attendent des cotes précises sur les monnaies modernes, comment faire ?

Une seule solution : compter les nombres d’exemplaires sur d’énormes quantités de pièces et faire le rapport entre les quantités trouvées pour chaque année de frappe, les chiffres d’archives et l’expérience du marché. Enfin, chercher à expliquer les disparités entre tous ces résultats.

Car il faut encore être sûr de la qualité de départ du lot de monnaies triées ! Deux problèmes se posent : un pré-tri éventuel par un numismate qui a extrait toutes les monnaies plus rares et la distribution géographique des monnaies au moment de l’émission.

Le pré-tri par un collectionneur n’est pas un trop gros problème car les monnaies vraiment très rares sont mieux connues que celles qui le sont moyennement ou pas du tout. Nous connaissons très bien le nombre de 5 centimes Lindauer 1914, F.120/2, répertoriées (une !), par contre, combien reste-t-il de 10 Francs 1934 par rapport aux 10 Francs 1929 ? Beaucoup plus gênante est la répartition géographique au départ. Nous avons remarqué à plusieurs reprises dans le FORUM que pour diverses variétés ou millésimes telle pièce se trouvait plutôt dans l’Est de la France, que tels millésimes des 1 centime épi avaient été mis en circulation dans les DOM-TOM ou que la 5 centimes Dupuis 1921 avait été envoyée à Madagascar ! Comment faire des statistiques sur un lot trouvé en France, dans une région précise ?

Grâce à un lecteur émérite du FRANC, Monsieur Jean Pourot, nous avons un cas d’école formidable sur les 20 francs Guiraud qui vont être jusqu’à des nouvelles recherches, la série la mieux connue en françaises modernes !

Un jour, Monsieur Pourot trouve chez un ferrailleur un tonneau de 200 kilos de pièces à la répartition très curieuse : des jetons de téléphone, des 20 francs Guiraud, des pièces de 10 rials iraniens.... Il achète le tonneau ! Ce sont les 10 rials iraniens qui permettent d’expliquer l’origine du lot. Cette pièce a été fabriquée sur des flans identiques à ceux de la 10 francs Mathieu.... et, suite à l’effondrement de la monnaie iranienne, des petits malins en ont rapporté en France pour les passer en dix francs dans les distributeurs automatiques. La pièce iranienne valait, au change, douze centimes....

Le tonneau provenait donc des “déchets” d’un gestionnaire de machines à pièces qui avait vendu au ferrailleur les “fausses pièces” que ses clients lui avaient refilées. Pourquoi des 20 Francs Guiraud ? A la place des pièces de 20 centimes Lagriffoul ! Cette identité est parfaitement normale puisque le changement de l’ancien au nouveau franc ne devait pas perturber le fonctionnement des appareils à pièces. Nous constatons une continuité entre les différentes faciales, pour le poids, le diamètre et le métal tant pour les 10 Francs Guiraud avec les 10 centimes Lagriffoul que pour les 20 francs Guiraud avec les 20 centimes Lagriffoul. Cette règle ne fonctionne pas pour les cinquante francs Guiraud/cinquante centimes Lagriffoul. Si nous relisons la chronologie en annexe du franc, nous trouvons l’explication : en 1960, le S.M.I.C. horaire à Paris (le plus élevé du pays !) était d’un franc 59 centimes.... La pièce de 50 centimes correspond donc à un pouvoir d’achat d’une quinzaine de francs et est trop grosse pour avoir été utilisée dans des machines type juke-box ou distributeur de gomme à mâcher. La 20 Francs Guiraud est démonétisée le 1er Février 1970 et c’est donc le début de la constitution de notre tonneau. Elle va se poursuivre assez longtemps puisque la pièce de 10 rials ne sera à vil prix qu’après quelques années de “révolution” iranienne et on peut considérer que la fin du stock sera faite vers 1990. Les deux cent kilos représentent donc vingt ans d’entassement, probablement dans toute la France, sans aucune discrimination d’origine : c’est presque idéal ! Dans ce cas bien précis, on peut considérer que l’échantillon est valable car il est parfaitement brassé sur une longue durée et sur tout le territoire national !

Monsieur Pourot trie son tonneau et en extrait 20.212 pièces de 20 Francs Guiraud....dont il nous livrent les chiffres de répartition que nous allons comparer avec ceux, théoriques, des archives. Celles-ci ne donnent pas les différences entre les F.401 avec Georges Guiraud et les F.402 avec G.Guiraud. Nous allons donc donner les chiffres précis de Monsieur Pourot que nous comparerons avec les cotes, puis nous regrouperons les deux types et les comparerons avec les archives. Pour ne conserver des cotes que ce qui est vraiment représentatif de la rareté comme type et non comme état de conservation, nous utiliserons la cote TB. L’indice de rareté est calculé par rapport à la pièce la plus commune.

FRANC Type Année 3f/4f Pourot % indice rareté FRANC en TB Photo F.401/2 Georges 1950 3f 2.150 ex 10.6% 2 12 F.401/3 Georges G 1950 B 3f 300 ex 1.48% 14.33 40 F.401/4 Georges G 1950 B 4f 11 ex 0.05% 390.9 1000 F.402/2 G.Guiraud 1950 3f 300 ex 1.48% 14.33 70 F.402/3 G.Guiraud 1950 4f 2150 ex 10.6% 2 5 F.402/4 G.Guiraud 1950 B 4f 1150 ex 5.69% 3.74 5 F.402/5 G.Guiraud 1950 B 3f 48 ex 0.24% 89.58 300 F.402/6 G.Guiraud 1951 3350 ex 16.6% 1.28 3 F.402/7 G.Guiraud 1951 B 1700 ex 8.42% 2.52 7 F.402/8 G.Guiraud 1952 4300 ex 21.3% 1 5 F.402/9 G.Guiraud 1952 B 1400 ex 6.93% 3.07 5 F.402/10 G.Guiraud 1953 2050 ex 10.2% 2.09 4 F.402/11 G.Guiraud 1953 B 1300 ex 6.41% 3.31 12 F.402/12 G.Guiraud 1954 B 3 ex 0.01% 1433 2500

Notes et commentaires :

L’indice de rareté se calcule en divisant la quantité trouvée par la quantité de la pièce la plus courante à savoir la F.402/8 dont Jean Pourot a trouvé 4.300 exemplaires. Nous savons donc par exemple que la 1952B est 3.07 fois plus rare et que la 1954B est 1433 fois plus rare que la 1952 ! Le pourcentage se calcule en divisant la quantité trouvée par la nombre total de monnaies de l’échantillon soit 20.212 exemplaires. Lorsque nous comparons ces indices avec les différences de cotes, il est clair que celles-ci ne rendent pas bien compte des raretés relatives des monnaies moyennes et communes. Il est également évident que les très rares sont relativement bon marché : si la 1952 cote le minimum, disons 3 francs, sa cote de rareté devrait être de 3x1433 soit 4300 francs et non pas 2500.

Type et référence FRANC Millésime Qt. selon archives en milliers % du total (601.757.700) Qt. selon Pourot % du total (20.212) F.401/2, F.402/2 et F.402/3 1950 : 3f et 4f, G. et Georges 126.435 21% 4600 22,76% F.401/3, F.401/4, F.402/4 et F.402/5 1950B : 3f et 4f, G. et Georges 43.355 7,2% 1509 7,47% F.402/6 1951 97.922 16,2% 3350 16,57% F.402/7 1951B 46.815 7,8% 1700 8,41% F.402/8 1952 130.281 21,8% 4300 21,27% F.402/9 1952B 54.381 9% 1400 6,92% F.402/10 1953 60.158 10% 2050 10,14% F.402/11 1953B 42.409 7% 1300 6,44% F.402/12 1954B ? ? 3 0,015%

Commentaires : Remarquable cohérence des résultats sauf pour la F.402/9 où nous avons un petit écart. Nous pouvons donc évaluer la frappe des F.402/12, 1954B à 90.000 exemplaires, celle des F.402/4, 1950 3 faucilles à 1.430.000 exemplaires et celle des F.401/4, Georges 1950 à 4 faucilles à 330.000 exemplaires. Nous modifierons les cotes du FRANC dès la prochaine édition avec comme différence la plus marquante, la cote de la 402/4 qui devrait nettement baisser puisque sa rareté relative est plus faible que supposé. Nous constaterons en épilogue que ne sont apparues ni la 1954, ni la 1957, deux monnaies présentes dans les archives et dans certains ouvrages de référence pour des frappes non négligeables (1.573.000 exemplaires et 63.000 exemplaires) que le FRANC avait rejetées dès sa première édition dans son “appel à témoins”.