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Rénover les états de conservation

  Etats de Conservation : Les échelons

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lundi 18 septembre 2006

Pourquoi existe-t-il différents états de conservation, TB, TTB...... ? Parce que les monnaies ont des valeurs différentes selon leur conservation. Les états de conservation sont rangés dans un ordre qui correspond aux valeurs marchandes croissantes.

Tout le monde utilise les états de conservation car tout collectionneur achète ou échange des monnaies, et, un jour, les vendra. Il est donc essentiel de connaître l’état de conservation de chaque monnaie pour acheter et vendre au vrai prix.

Avec quelle précision ? Celle qui détermine les variations de valeurs. En effet, qu’une vingt-cinq centimes 1939 soit SUP ou SPL, il n’y a pas de vraie différence de valeur. Pas de différence de valeur, la différence d’état de conservation est donc très théorique et sans conséquences pratiques : personne ne s’en occupe. Par contre, je rappellerai que lors d’une vente d’un grand expert parisien, une 100 Francs 1855 A absolument banale (sauf pour l’état, SUP !) se vendit 20.000 francs alors qu’à quelques mois de là, la même pièce, avec la même description (SUP), trouva péniblement acheteur à 3000 Francs dans une vente d’un autre expert. Pourquoi ? De toute évidence, parce que le mot SUP n’avait pas le même sens dans les deux cas...... et que cette différence influait beaucoup sur la valeur !

Le problème est qu’il n’existe pas de charte générique des états de conservation qui permette de décrire presque tous les états, et non pas un vague SUP ou un TTB imprécis...

Pour qui est-ce un problème ? Pour les collectionneurs qui risquent d’acheter trop cher des états surévalués et de vendre trop bon marché des états mal appréciés. Pour les auteurs de livres de référence qui ne savent plus à quel saint se vouer pour faire des cotes tellement les exemples de vente réelles ne veulent plus rien dire, comme c’était le cas pour notre 100 francs 1855A. Pour les professionnels honnêtes qui veulent fournir aux amateurs des bonnes monnaies, justement évaluées et échelonnées, à des prix raisonnables. Il est bien évident que la situation fait par contre les choux gras de certaines brebis galeuses (loin d’être tous des professionnels établis, bien entendu) dont les états de conservation à géométrie variables selon qu’ils achètent ou vendent ont déjà dégoûté de la numismatique assez de débutants pour remplir la place de la Bourse.

Quel est le futur ? Une fois de plus, tournons-nous vers l’Amérique et observons : l’échelle d’états de conservation US fait 70 échelons..... Bien entendu, tous ne servent pas pour toutes les monnaies mais tous sont utiles. Exemple : le 1/2 cent 1793 est une monnaie très rare, qui a circulé très longtemps et que l’on ne trouve presque jamais mieux que B 12. Bien évidemment, un état de conservation FDC d’une monnaie que l’on ne trouve jamais mieux que B va provoquer des évanouissements de convoitise et les états de conservation supérieurs, FDC 65, 66 ou 67 vont pouvoir servir à décider du plus bel exemplaire connu, du second plus bel exemplaire connu...

En revanche, les états de conservation de 1 à 15 servent pour ce type de pièce et c’est logique puisque nous savons tous qu’entre deux monnaies B, l’une se vendra plus vite ou plus cher qu’une autre également B. Pourquoi ? L’une des deux est moins moche... mais quand même B. D’ou l’intérêt de pouvoir nuancer entre Médiocre 1 et Beau 12. Pour la petite histoire, cette monnaie cote 1100 dollars en AB3 et un exemplaire en FDC 67 est actuellement en vente 1.5 million de dollars, soit 8.6 millions de francs lourds. Bien entendu, ces différences minimes ont, pour les monnaies que l’on ne trouve que très usées, de fortes influences sur les cotes qui vont facilement tripler entre le AB 3 et le B 8. Deuxième exemple : on ne trouve pas ou peu de demi-dollars Kennedy 1969 ayant circulé, la thésaurisation ayant été, pour les mêmes raisons, aussi massive là-bas qu’ici avec les 5 francs Semeuse argent 1969. Les collectionneurs ne vont donc pas, pour ce type de pièce, faire la différence entre le SUP 55 et le SUP 58, les deux étant vendues en lot et en vrac. Le catalogue ne cote que le FDC 65. Par contre, les états de 65 à 69 vont servir car les exemplaires vont être regardés à la loupe pour déterminer lequel est le plus beau et le plus digne de figurer dans une collection bien tenue. Différence de prix entre le 65 et le 69 pour un demi-dollar Kennedy 1969 : le 69 est dix fois plus cher que le 65. Vous avez déjà essayé de vendre plus cher une 5 francs 1969 que vous avez choisie à la loupe et qui est absolument parfaite ? N’essayez pas : ici, personne n’y fait encore attention - mais vous avez eu raison de la choisir : le jour où une échelle de qualité stricte sera vraiment appliquée en France, votre pièce parfaite vaudra nettement plus cher que celle qui a une infime petite rayure ou un choc minuscule.

70 échelons de qualité sont donc utiles même si l’on n’utilise généralement qu’une partie de l’échelle selon le type de monnaie. Les échelons haut seront utilisés pour départager les monnaies que l’on trouve facilement non-circulées et les échelons bas pour celles que l’on ne trouve jamais belles. Il faut pouvoir être précis aussi bien dans le “sublime” que dans le “trouvable”.

Les différences de prix existent aussi en France, selon les états, mais infiniment moins qu’aux Etats-Unis. L’avantage de leur système est qu’il est clair et honnête : chacun peut collectionner dans la qualité qui correspond à sa bourse, sans se faire tromper, avec toutes les références voulues.

Je rappelle qu’il existe aux USA, publié tous les trois mois, un “répertoire des populations” (le “Pop report” des initiés) qui donne pour toutes les monnaies américaines, pour tous les types, pour toutes les dates, pour tous les ateliers, pour vingt-deux états de conservation différents, le nombre de pièces connues. Bien entendu, personne ne se préoccupe de référencer les états de conservation pour des monnaies évidentes ou trop bon marché ; par contre, l’outil est fabuleux pour les monnaies rares. Exemple, dans la dernière édition dont je dispose, il était référencé 34 exemplaires du demi-cent 1793, dont deux exemplaires en SPL 64. Je rappelle qu’il existe aux USA des livres spécialisés ou, en de grandes planches de photos, chaque type monétaire est montré dans une dizaine d’états de conservation différents avec, comme dans LE FRANC, les détails spécifiques à chaque échelon de conservation. Les internautes pourront aller voir un exemple à http://www.geocities.com/RodeoDrive... sur le site du “Club des collectionneurs de pièces de 5 cent nickel au bison avec la corne bien nette” ( Full Horn Buffalo Nickel Club) où le club montre à tous les visiteurs de leur site des photos (trop petites à mon goût, mais, bon, c’est mieux que rien) de dix échelons de conservation différents de leur pièce préférée.

En clair, aux USA, pour tromper un collectionneur, il faut vraiment se lever tôt..... et tout a commencé par une échelle d’états de conservation précise.

Notre ambition est de proposer aux collectionneurs français un système inspiré de l’exemple américain où les abréviations nationales habituelles sont accompagnées des chiffres du système américain. Nous espérons que ces chiffres remplaceront avantageusement les “+”, “++” ou inversement les “-“ ou “- -“, les “presque ceci”, les “beau cela” et autres tentatives de dire une chose simple : tous les TB, TTB et autres SUP ne se ressemblent pas.

Bien entendu, cette échelle ne concerne que l’usure, tous les autres défauts devant être signalés par ailleurs. Un SUP 55 avec un coup sur la tranche est un SUP 55 avec un coup sur la tranche, pas un TTB 45. Une pièce trafiquée, polie, astiquée, maquillée n’est rien. Ni SUP, ni TTB : rien. Pas d’échelon.

Pour échelonner une pièce, il suffit de se rapprocher au plus près de la description générale, en partant du bas, bien entendu, pour éviter l’optimisme naturel de tout numismate. Les états intermédiaires se définissent par un chiffre différent : un B presque TB sera un B13 ou B 14, puisque 15 correspond à TB. Un TTB remarquable sera un TTB 50, un TTB- mais mieux que TB, sera un TTB 40. Ce tableau a l’avantage de reprendre les classifications françaises standards et de les affiner avec des chiffres que comprennent nos voisins d’outre-atlantique. Pour ceux qui douteraient de l’importance de ceux-ci dans la numismatique française, je rappellerai le nom de Sobin, plus belle collection jamais constituée d’écus français, la collection 1798/1815 d’un collègue américain (qui ne veut pas qu’on le cite nommément.....) qui est de loin la plus belle au monde, les prix atteints par les exemplaires exceptionnels de monnaies françaises et la compétence de certains collectionneurs. Nous n’achèterons jamais de monnaies à armes égales si nous ne sommes pas au même niveau de précision. Il a fallu une dizaine d’années pour que cette échelle d’états de conservation se généralise au USA et il en sera probablement de même dans notre pays.

La raison de son succès sera la même ici que là-bas : seul des échelons de conservations sérieux, tant à l’achat qu’à la vente, vous garantissent d’en avoir pour votre argent, dans un sens comme dans l’autre. Et tant pis pour les brebis galeuses...

Bien entendu, tout ceci peut paraître bien compliqué ; c’est tellement plus simple de dire « Oh, elle est vraiment bien ! » ou « elle n’est pas si mal que ça, quand même... ». Rien dans ce système n’empêche de la faire, ni de dire simplement que la monnaie est SUP. En revanche, si l’on veut dire que la monnaie ne montre qu’une infime trace d’usure, visible seulement à la loupe, et qui empêche de la qualifier de SPL, pourquoi ne pas dire que c’est un SUP 61 ou 62 ?

A contrario, si les infimes traces d’usure de circulation sont aggravées par de nombreux petits chocs mal placés, rien n’empêche de parler d’un SUP 55. Qui peut le plus, peut le moins.

D’une manière générale, nos efforts tendent toujours à faire bien regarder leurs pièces par les collectionneurs. Qu’il s’agisse d’états de conservation, de qualité du coin ou de la frappe, de recherche de variétés, l’examen attentif des exemplaires est le seul moyen d’enrichir intelligemment sa collection : avec des monnaies payées leur juste prix pour leur véritable état de conservation. Les collectionneurs regarderaient-ils insuffisamment les monnaies de leur collection. Je persiste et signe : qui est capable de dire quelle est la monnaie française moderne où l’on voit le mufle d’un lion rugissant ?