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  Le rangement des monnaies

lundi 18 septembre 2006

Comment ranger nos collections ? Un problème éternel, des dizaines de solutions.

Nous n’aborderons pas les solutions de rangement en coffre, où chaque cas est particulier et où les monnaies sont le plus souvent rangées dans des pochettes de papier, pour nous intéresser plus précisément aux meubles médailliers, trop grands pour être rangés en coffres “normaux”.

Tout d’abord, rappelons que l’usage de tels meubles doit être réservé aux monnaies de valeur relativement faible ou aux domiciles parfaitement sécurisés : un vol est toujours possible. Il s’impose par contre pour les monnaies que l’on souhaite pouvoir montrer aux amis, aux autres collectionneurs ou au public.

Trois grandes familles de médailliers : les empilements de plateaux plastiques, les meubles d’ébénisterie, les meubles à faire soi-même.

Le plus simple : les plateaux.

Plusieurs fabricants proposent des plateaux aux cases de différents formats avec possibilité d’empilement.

Avantages : modulaire en quantité - vous achetez des plateaux au fur et à mesure et adaptez votre médailler en fonction de l’évolution de votre collection. Les plateaux peuvent être transportés séparément (avec des feuilles de calage entre le plateau et son couvercle), ce qui est rarement le cas pour un plateau de médaillier.

Défauts : un plateau n’est pas modulaire en format de cases. Quand vous classez les pièces de cinq francs et que vous passez de l’écu à l’Hercule de la troisième République à la Bedoucette de 1933, vous avez le même problème qu’en passant de la 50 francs Guiraud à la 50 francs Hercule : vous devez changer de plateau. Ces plateaux ne sont pas gratuits, loin de là - je connais des collectionneurs de petites monnaies du Monde où certains plateaux ont coûté plus cher que ce qu’ils contiennent... Le plastique finit toujours par être rayé ou se ternir et les velours des cases deviennent des nids à poussière dès que les monnaies sont trop souvent manipulées. Il s’agit néanmoins d’une solution simple et pratique, particulièrement bien adaptée aux débutants.

Le plus chic : les meubles d’ébénisterie.

On trouve, le plus souvent en salle des ventes, des médailliers allant du médiocre au sublime et de mille francs à beaucoup, beaucoup plus. Les médailliers sont usuellement de fabrication XIXème, époque bénie où il se trouvait encore des gens riches et des artisans nombreux et compétents. Ils sont très souvent en bois précieux et habituellement destinés à être posés sur une table où un bureau. Outre le prix, qui pour ce genre de meuble avoisine souvent les dix mille francs, plusieurs difficultés pratiques :

Les tailles des alvéoles dans les plateaux sont fixées et intangibles. Si vous achetez sans regarder les plateaux le médaillier d’un collectionneur de deniers romains, diamètre moyen 18mm, et que vous collectionnez les écus de Louis XV.... vous pouvez le revendre. Les serrures sont inexistantes ou à la portée du premier pied de biche venu, le XIXème siècle n’ayant pas prévu les moeurs du XXème.... et une collection de valeur dans ce genre de médaillier risque fort d’être volée et la porte du médaillier détruite ou endommagée par le voleur qui casse plutôt que d’essayer d’ouvrir “proprement”. Le manque de conscience professionnelle frappe partout. A long terme, les émanations de certains bois, l’ébène particulièrement, donnent une patine très foncée aux monnaies d’argent, ce qui peut être dommageable à la surface des pièces si le phénomène se poursuit trop longtemps. Beaucoup de ces médailliers sont simplement plaqués en bois précieux, ce que le vendeur ne vous dira pas toujours car il l’ignore bien souvent. Dans les appartements bien chauffés du douillet XXème siècle, gardez le médaillier très loin des sources de chaleur : le plaquage, prévu pour les maisons frisquettes du XIXème, “claquerait” rapidement, transformant la fierté de votre bureau en une relique à restaurer.

Si toutes ces remarques ne vous ont pas découragé, fouillez les salles des ventes, tout particulièrement en Angleterre, où l’offre est plus importante - et les prix plus modérés - qu’en France. Vous pouvez même faire une bonne affaire : on a vu un collectionneur acheter un joli médaillier pour rien à un brocanteur qui ne savait même pas ce que c’était et envisageait de jeter les plateaux qui encombraient cette jolie petite armoire...

Il est pratiquement exclu d’en faire fabriquer : outre le fait que les ébénistes compétents qui restent ont du travail au moins pour les trois prochains siècles (ne serait-ce que les restaurations des meubles de collection !), les prix sont prohibitifs. Nous nous sommes renseignés, par curiosité, auprès d’un ébéniste d’art pour un beau médaillier d’une vingtaine de plateaux à poser sur un grand bureau. Non seulement l’homme de l’Art a évalué l’oeuvre “dans les quarante mille francs” mais il a refusé de s’en charger, arguant d’une trop lourde charge de travail... Numismates Amis du luxe, armez-vous de patience et de très gros moyens...

Pour l’anecdote, un petit médaillier royal est exposé au Musée de la Monnaie de Paris, acquis récemment dans la collection Givenchy. Payé un peu moins d’un million de francs (si, si, amis contribuables, vous avez bien lu) il est le pendant d’un autre exemplaire déjà conservé dans les collections nationales au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale. On ne peut qu’admirer l’objet mais aussi s’interroger sur l’opportunité d’un tel achat dans un pays où il n’existe pas de collection de référence des monnaies nationales de la période du Franc.... il faut croire qu’il est plus facile de classer, référencer et mettre en vitrine un médaillier d’un million de francs, que de trouver, classer, référencer et exposer pour un million de francs de monnaies ou d’essais français manquant, depuis toujours ou depuis peu, dans les collections de la Monnaie.....

Le plus courageux : le meuble à faire soi-même.

Le meuble médaillier a toutes les qualités de flexibilité, de prix de revient, d’agrément mais un défaut très grave : il faut le faire... Créer votre médaillier vous permet d’adapter exactement l’écrin à la collection. Le bois, la couleur du velours des plateaux, la taille des alvéoles et leur disposition, vous pouvez tout choisir en fonction des monnaies qui vont être rangées. C’est l’idéal, mais il faut le faire... Le plus simple consiste à trouver, chez un fabricant de meubles, l’ossature extérieure de votre médaillier, d’acheter des planches de bois fines, du velours ou du tissu pour le doublage, des glissières, beaucoup de colle très forte et un choix de scies cloches à monter sur une perceuse standard.

Publicité gratuite, les meubles à monter soi-même sont les plus pratiques pour l’ossature car vous pourrez faire les modifications sur le meuble démonté, ce qui est dix fois plus facile. Si vous voulez un petit médaillier, choisissez un meuble “télé” ou élément haut de rangement. Si vous voulez un grand médaillier, choisissez une penderie avec cloison centrale. Réfléchissez bien avant l’achat à l’espace nécessaire non seulement à votre collection d’aujourd’hui mais aussi à celle que vous aurez dans dix ans. Un médaillier, c’est pour la vie.

Un avantage de choisir un meuble anodin sur les parois duquel vous fixerez les glissières qui supporteront les plateaux est une meilleure sécurité pour le vol. Un coffre, même vide, focalisera l’attention d’un voleur, un placard banal, beaucoup moins. La taille définie, faites le plan des plateaux en respectant une logique adaptée à votre collection et en prévoyant la place des pièces qui manquent encore dans les séries. Adaptez la couleur du tissu de fond aux pièces et définissez les diamètres. Il suffit ensuite de percer les alvéoles dans une planche fine avec les diamètres et la disposition choisis puis de la coller sur une autre, pleine, bien entendu.

Petits conseils pratiques : percez toujours plusieurs planches à la fois, vos découpes seront plus nettes. Poncez et vernissez la surface et les cotés des plateaux, ne gardant le velours que pour le fond des alvéoles. Peignez et lissez les parois des alvéoles avant de coller. Ne lésinez surtout pas sur la colle. Demandez conseil à un professionnel pour le choix du bois. Réfléchissez avant de percer : allez-vous un jour acheter les essais correspondants à la série ?. Gardez en réserve du tissu et des planches neuves si vous créez ou modifiez des plateaux dans le futur. Soyez très rigoureux sur l’étanchéité à la poussière de la porte. Eventuellement, doublez celle-ci d’un rideau car la poussière est l’ennemi du médaillier. Vous pouvez aussi prévoir des petits tasseaux à coller sur le devant des planches : cela fermera l’accès de la poussière et vous laissera plus de place pour étiqueter chaque plateau.

Laissez aller votre imagination : c’est votre médailler, tout est possible.....