Frèrejean : des générations de fondeurs

Famille FrèreJean

Les frères FrèreJean, lorsqu’ils commencent à fournir en cuivre à l’atelier le Lyon pour la frappe de la petite monnaie, sont déjà installés et reconnus depuis des décennies comme fondeurs dans la région lyonnaise. En effet, issus d’une famille de chaudronniers/fondeurs, Louis et Georges FrèreJean héritent en mai 1789 à la mort de leur père Antoine, des forges qu’il fait fonctionner depuis des années. En 1791, ils rachètent la forge des Chartreux, en plein cœur de Lyon. Ils fourniront du bronze et des pièces d’artillerie jusqu’à ce qu’ils soient obligés de fermer cette fonderie en septembre1793.

Georges FREREJEAN (1760-1831)

Louis FREREJEAN (1762-1832)

Le comité de salut public, reconnaissant du rôle actif joué par ces deux frères leur accordera les moyens de se ré-installer. Dans son arrêté du 25 frimaire an II, le Comité de salut Public prévoit une aide 40 000 livres pour l’installation de la fonderie à Pont-de-Vaux (là où leur grand père paternel était déjà maitre chaudronnier au début du XVIIIe siècle). Proche de la Saône, la fonderie s’installe dans l’ancien couvent des Ursulines. La fonderie commence à marcher en pluviôse an II. On peut ainsi lire dans le Journal des Mines (1795-1796) en Thermidor An IV : « Fonderie de canons. Depuis la guerre, les citoyens Frerejean, frères, ont établi, dans la commune de Pont-de-Vaux, une fonderie importante de canons, qui a eu le plus grand succès et un atelier pour l’épuration du métal de cloches. Ces habiles artistes viennent d’enrichir leur établissement d’une machine à vapeurs : ils fabriquent aussi des flaons pour la monnaie. »

Cette fonderie recevra dans un premier temps, différents métaux provenant des districts environnants, principalement du bronze issu des cloches descendues des clochers de la région (Bresse et Bugey). Pour s’en donner une idée on peut consulter les arrêtés pris dans le début de l’an II, correspondant à la reprise d’activité à Pont de Vaux. Ce sont ainsi plusieurs dizaine de milliers de tonnes de bronze qui vont arriver sous forme de cloches brisées à Pont de Vaux pour y être refondues.

Arrêtés des 7 et 8 pluviôse an II Dès le 13 pluviôse an II (1er février) Rollet-Marat nomme le citoyen Curnillon pour envoyer les cloches du district de Bourg à la fonderie de Pont-de-Vaux. Dans le district de Bourg, les cloches sont brisées avant d’être expédiées. Durant la seconde décade de ventôse an II, le district de Belley fait conduire à Pont-de-Vaux 64.921 livres de matériaux provenant de la descente des cloches et 19.761 livres provenant des fers. Ces expéditions regroupent tous les envois faits depuis 1 mois. A la seconde décade de germinal an II, le district de Belley a envoyé depuis 1 mois, 7079 livres de cloche et 3089 livres de fer. Pour le district de Nantua ce sont 101 cloches pour un total de 59.874 livres, qui sont expédiés de pluviôse an II à floréal an II, à Pont-de-Vaux. Un quintal est alors moyenné à 7 livres. Dans le district de Bourg, les 2 milliers (1000 kilos), provenant de la toiture de l’église de Brou sont à Pont de Vaux le 22 pluviôse an II (10 février). Ces quelques chiffres donnent une idée, (en l’absence de compte plus précis, ou inexistant pour diverses raisons), de l’exécution de l’arrêté du 8 pluviôse an II.

Initialement exclusivement tourné vers la production de canons et autres pièces d’artillerie, les fonderies FrèreJean vont étendre leur activité en procédant à l’acquisition d’une forge dédiée à l’épuration de « cuivre rouge ». Entre 1794 et 1802 ce sont deux forges supplémentaires qu’ils rachètent à cette fin (forges Plantier et Meunier). D’extensions en rachats (Pont de Vaux, Pont Evêque), de travaux en spécialisation, les forges FrèreJean compteront à partir de 1808 cinq ateliers distincts « un pour le cuivre, un pour le plomb, deux ateliers avec marteaux et feux de forge, un autre avec four à réverbère et laminoirs ; le canal de la Véga apportait l’indispensable force électrique …en faisant tourner douze roues autour desquelles étaient placé dix-huit hauts fourneaux, trois laminoirs et trois martinets ».

Tout au long du XIXe siècle, la famille FrèreJean et leur descendant s’attacheront au développement de la métallurgie, l’empire industriel né au tournant XVIIIe/XIXe s’éteindra avec les dernières fonderies en 1888, deux ans après la mort du dernier descendant de ces maitres de forges dont la compétence remontait à la fin du XVe siècle.


Les acteurs travaillant dans cet atelier/ce service :

Bedos Commissaire National
Legat Commissaire National
Lemoine Caissier
Papet Directeur d’atelier
Prud’homme Contrôleur du monnayage
Séguy Jean-Gualbert François Directeur d’atelier


Rédigé par : Xavier Bourbon